ENTRETIEN AVEC ÉRIC DELSAUT


Éric Delsaut fait le récit de quinze années passées au « Groupe » sous l’ère Mitterrand. Une période charnière au cours de laquelle l’unité, pionnière dans les techniques militaires et policières d’intervention, a aussi vécu certaines tourmentes politico-médiatiques qui ne le concernaient que de fort loin et qui ont marqué à vie ceux qui les ont enduré. Un livre franc et sincère qui retrace une carrière exceptionnelle au service de la vie selon les principes fondamentaux qui ont toujours guidé les opérationnels du GIGN. Eric partage également dans son livre un cahier photos seize pages couleurs (quarante-huit photos), la majorité d’entre elles sont des photos personnelles inédites, d’autres lui ont été offertes retraçant quelques moments marquants de sa carrière au GIGN.


Pouvez-vous revenir sur votre carrière militaire ?

A 17 ans et demi, j’étais encore trop jeune pour m’engager dans la Gendarmerie. J’ai alors signé un contrat de trois ans en 1972, servant dans l’infanterie de marine puis les chasseurs alpins au 27è BCA. En 1976, j’ai intégré la Gendarmerie. J’ai d’abord servi au sein de l’escadron de Gendarmerie mobile de Chambéry pendant trois ans et demi, puis, à celui de Maisons-Alfort pendant trois ans.

J’entendais parler du GIGN, de leurs interventions. Nous parlions aussi régulièrement de ces gendarmes d’élite entre collègues. En septembre 1982, je me présente aux tests de sélection. Au même moment, une unité supplétive est créée par Christian Prouteau et sera chargée de la protection du président de la République. Cette unité prendra le nom de GSPR quelques mois après. Un ancien du groupe « Charly » avec lequel je pratiquais la boxe m’avait parlé d’un recrutement en cours pour la mise en place de cette nouvelle unité. Nous étions environ cent-vingt candidats. Après une semaine de tests entre Mondésir , Satory et Maisons-Alfort, nous avons été quatorze candidats à être retenus et trois autres pour le peloton hors-rang (un magasinier, un secrétaire et un mécanicien). Neuf mois de formation intense ont suivi.

 

Pourquoi avoir choisi de prendre la plume aujourd’hui pour raconter votre vécu au GIGN ?

J’ai attendu longtemps avant de me décider à me mettre à l’écriture. Après mûre réflexion, un sacré bonhomme de chemin a passé depuis que j’ai quitté le GIGN en 1996. Le GIGN a presque 40 ans d’existence. Ma carrière correspond aux deux septennats de Mitterrand, c’était une sacrée époque pour ceux qui l’ont connu. C’était maintenant ou jamais si je voulais la retranscrire à travers mon expérience.

A travers ce livre, je souhaite mettre en avant deux choses qui me paraissent essentielles. D’une part, il y a trente ans, nous n’avions pas la les nouvelles technologies ni les moyens d’aujourd’hui. Nous étions polyvalents et c’était une époque où nous mettions au point au GIGN des techniques et des matériels faisant souvent appel au « système D ». Aujourd’hui encore, ils créent bien sûr des procédures bien particulières évaluées en interne par les opérationnels. C’est aussi cet esprit d’invention, de créativité de ses hommes, qui a toujours fait la force du GIGN.

D’autre part, je voulais faire revivre cette cohésion très forte qui existe entre les gendarmes. C’est un esprit de corps particulier car nous avons enduré ensemble les sélections et la formation. En intervention, nous formons un seul bloc prêt à aller jusqu’au bout de notre engagement. A cet effet, je rends aussi hommage aux camarades qui nous ont quittés en entraînements et en intervention.J’évoque également des moments intenses qui ont marqué le Groupe. Même si j’étais à ce moment-là en stage cynophile à Gramat, j’évoque la prise d’otages d’Ouvéa. Je consacre bien sûr un chapitre sur l’opération à Marignane à laquelle j’ai pris part. Je reviens notamment sur une mission de protection à l’ambassade de France à Alger, de mon retour en France trois mois avant la prise d’otages de l’Airbus. Etant donné ma spécialité de maître-chien, je raconte bien évidemment quelques anecdotes avec mon compagnon à quatre pattes. Et retrace succinctement l’histoire de la cellule cynophile.
Entraînement à Bièvres en 1990

Vous consacrez également un chapitre à un stage en Guyane. Quel est l’intérêt de ces stages particuliers pour les hommes du GIGN ?Après le chapitre consacré à l’opération à Marignane, cela permet de détendre l’atmosphère pour le lecteur ! (rires) C’est l’occasion de tester notre résistance dans un environnement tropical extrême. Je relate bien sûr quelques moments humoristiques lors de ce séjour guyanais.Je suis également parti au Tchad avec le capitaine Legorjus , c’était dans les années 80. Ces stages d’aguerrissement en milieu « chaud » ou « froid » ont bien sûr lieu encore aujourd’hui pour les militaires du GIGN. Cela fait partie des formations indispensables pour améliorer notre rusticité, nos capacités opérationnelles.

 

Parmi tous ces souvenirs mémorables au GIGN, si vous deviez en retenir un seul ?

En quinze ans de carrière au GIGN, il y a beaucoup de souvenirs inoubliables…. Marignane est bien sûr un moment très fort. Ce qui est important pour moi, ce sont les échanges humains que j’ai partagés au quotidien avec mes collègues pendant toutes ces années. C’est pourquoi, ce livre n’est pas que le mien mais aussi et surtout le leur.

 

Avant ce livre, quel a été votre « après GIGN » ?

J’ai fait le choix de quitter la Gendarmerie Nationale et de me reconvertir dans la Sécurité Privée. J’ai au début travaillé dans la sécurité industrielle. J’ai fait plusieurs séjours à l’étranger, cela me permettait de conserver cet esprit d’aventure et ce goût pour la découverte des autres continents. En France, j’ai ensuite assuré la Protection Rapprochée de » Grands Patrons ».

En tout cas, après avoir vécu une vie aussi intense au GIGN, la vie civile avait moins de piquant, mais cela m’a permis de rencontrer des gens touchants et intéressants. Cette nouvelle vie est faite bien sur de beaucoup moins d’adrénaline et de sensations fortes.

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Démonstration devant le premier ministre Jacques Chirac, à Dijon, le 27 mai 1987. A droite, Eric Delsaut avec son chien Kazan et au milieu Michel Bernard.


Propos recueillis par Quentin Michaud

Crédits photos: © gign.org sauf Photo n°1 : © Arnaud-Beinat