Rencontre avec Roland MONTINS


Fidèle aux valeurs du Groupe, Roland nous reçoit simplement et chaleureusement mardi 19 avril 2011 en région parisienne. Le personnage est une figure du GIGN. Il revient pour nous sur tous les moments forts de sa carrière. Immersion.


Dans un premier temps, peux-tu revenir sur ta carrière en Gendarmerie puis au GIGN ?

J’ai intégré la Gendarmerie en 1976. J’ai tout de suite opté pour une carrière en mobile, il me fallait de l’action. A l’époque, je ne connaissais absolument pas le GIGN. C’est en mobile que j’ai commencé à en entendre parler. Puis, en 1982, je me suis présenté aux tests. On était cent vingt, les dix premiers allaient au GIGN et les trente cinq suivants au GSPR. Lorsque le Colonel Le Caro m’a interrogé sur ma motivation, il m’a demandé si le GSPR m’intéressait si je n’étais pas pris au GIGN. Il avait besoin d’hommes à l’époque pour former cette toute nouvelle unité. Je lui ai fermement répondu non. J’étais sûr d’arriver au GIGN parce que j’avais fini premier aux tests. J’ai quitté le GIGN en 1995 pour rejoindre un poste en Nouvelle-Calédonie jusqu’en 1998.

Roland MONTINS, auteur et ancien membre du GIGN, chef de groupe lors de l’opération

Le film l’Assaut est une adaptation cinématographique de ton livre du même nom, comment cela a débuté ?Julien Leclercq a pris contact avec moi il y a maintenant trois ans, on a beaucoup discuté de mon livre et de son idée d’en faire un film. Les premiers scénarii n’étaient pas conformes à l’esprit du groupe. Mon engagement à ses côtés était lié à l’association du GIGN dans la réalisation du film. Le projet a donc fini par mûrir progressivement. J’ai participé avec un officier du GIGN (Bull) à la préparation des acteurs du film et j’ai été présent une semaine sur le tournage qui comprenait le passage d’assaut dans l’avion.
Il a filmé certaines scènes que je raconte dans mon bouquin mais il les a finalement occultées. C’est dommage, par exemple, un opérationnel s’était positionné pendant l’assaut dans l’avion devant une femme passager. Il a pris une balle dans la cuisse à ce moment. J’aurais aimé qu’il montre certains passages comme celui-là car l’opération de Marignane était l’action de tout le GIGN.
Concernant les deux VBRG et le puma dans le film, étaient-ils réellement présents lors de l’intervention ?

Non, mais c’est un choix réaliste. On n’en a pas utilisé à Marignane mais cela aurait pu être le cas. De toute façon, c’est une fiction qui retrace un fait réel.

 

 

L’Assaut – Roland MONTINS / Jean-Michel CARADEC’H
Oh! Éditions

Tu as vu combien de fois le film ?

Lorsque le montage était terminé en octobre 2010, je l’ai vu trois fois. De toute façon, compte tenu du budget serré du film, c’est une réussite. Mais il n’atteindra malheureusement pas les objectifs fixés alors qu’il avait très bien démarré (250 000 entrées la première semaine).


L’idéal serait donc qu’il soit repris par exemple par les américains ?

C’est possible. Le film sera projeté au festival Tribeca qui se déroule à New-York à partir du 20 avril.
Mais ce que je veux surtout dire par rapport au bouquin, c’est que la réédition offre un point de vue encore meilleur sur Marignane. Jean-Michel Caradec’h a fait un travail formidable et il a adapté le livre à un format grand public par rapport à la première édition qui faisait un peu « famille ». De plus, il connaît l’ex-patron de la DGSE à l’époque de Marignane, il a donc eu accès à des informations que l’on n’avait pas et qui ont enrichi encore plus ce nouveau livre.


Pour revenir sur Marignane, le RAID avait été pressenti. C’est un épisode que tu racontes bien dans le livre.

Oui. Je ne veux pas critiquer le RAID mais quoiqu’on en dise les faits sont là : le GIGN a mobilisé quarante opérationnels en une heure (effectif minimum pour entrer dans l’avion) alors qu’il a fallu vingt-quatre heures au RAID pour rassembler trente hommes. Je raconte dans la deuxième édition du bouquin que le RAID nous avait appelé au début de la prise d’otages pour nous demander comment ouvrir une porte d’avion de l’extérieur d’où cette boutade que je raconte dans le livre « ce n’est pas la veille de l’examen que l’on apprend sa leçon ».

 

 

C’était donc une vraie excitation d’aller sur Marignane.  

Oui, cela fait douze ans que j’étais au Groupe. Alors évidemment je ne vais pas dire que j’étais content mais je n’étais pas mécontent non plus qu’une telle prise d’otages se produise ! On attend tous ce type d’intervention car on s’y prépare intensément. Mais attention, on ne faisait plus les guignols une fois que l’assaut était imminent. On se disait que l’on allait vraiment au carton et que l’on allait se faire descendre. En entrant dans l’avion, on était dans un état second. Après l’assaut, la satisfaction était bien sûr collective car on a tous surmonté cette peur pour intervenir.

 

 


Comment as-tu vécu ce moment de gloire du Groupe après Marignane ?

On était évidemment tous satisfaits de voir que les médias parlaient de cette réussite exceptionnelle du GIGN, mais on n’est bien sûr pas très fan de cette image de super héros. En tout cas, six mois après, je suis allé au Japon avec un jeune officier pour aller chercher le prix conway récompensant l’entreprise qui a amélioré la sécurité aéronautique. Air France était très honoré de recevoir ce prix mais ils ont expliqué que c’est au GIGN qu’il doit être décerné pour ce qui a été fait à Marignane. Le prix, dix mille dollars, a ainsi été reversé à la Maison de la Gendarmerie. C’est là que l’on se rendait compte que notre action avait été mondialement reconnue.
Sinon, pour l’anecdote, j’avais protégé un prince du Qatar en 1985. Lors de la diffusion des images, il m’a vu à la TV en train de boiter. Il a alors demandé de mes nouvelles pour savoir comment j’allais. Cela fait toujours plaisir.


Grâce à cette aura, le GIGN a pu renforcer ses liens avec les unités étrangères.

Le Groupe a des relations de longue date avec les plus grandes unités du monde entier. Mais chacun a ses propres méthodes. Dans le livre, je raconte très bien une anecdote au sujet des SWAT. Autre anecdote, on avait reçu les SEAL à la caserne durant deux semaines. Lors d’une démonstration au stand de tir, on s’est mis à cinquante mètres des cibles pour un tir de précision de vitesse. On visait la tête pour leur faire plaisir car on connaissait les préférences des américains. Un SEAL ne nous a pas cru et il a dit que les trous étaient déjà dans les cibles lorsque l’on est allé voir le résultat. On a alors replacé des nouvelles cibles et à nouveau tiré à cinquante mètres. J’ai alors proposé à l’un d’entre eux de tirer à vingt-cinq mètres mais il n’a jamais accepté.


Et concernant le GIGN d’aujourd’hui, quel est ton avis ?

A l’époque, on était cinquante opérationnels. Maintenant, ils sont quatre cent et le nombre d’officiers a par conséquent considérablement augmenté. Lorsque j’ai eu à commander un groupe opérationnel, j’étais adjudant et c’était au bout de dix ans. Nous étions autonomes sur le terrain et cela se passait bien. Au GIGN, on favorise la formation continue car il faut au moins deux à trois ans à un jeune breveté pour se faire réellement au métier tout en étant suivi par les anciens. On ne peut pas être lâché comme cela sur une opération. L’esprit de commandement au sein d’un groupe s’acquiert au fil du temps. Pour moi, commander un groupe, c’est être le plus expérimenté. Je ne dis pas que le GIGN a perdu complètement ses valeurs mais c’est différent aujourd’hui. La menace a également évolué car il a bien fallu s’adapter après la prise d’otages du théâtre de Moscou et celle de Beslan en 2004. Quoiqu’il en soit, je ne me fais pas de soucis sur le niveau des hommes qui sont recrutés aujourd’hui.




Quid des PI2G dans tout cela ? 

Par rapport aux PI2G, certaines petites opérations que l’on faisait avant au GIGN (forcenés, etc) leur incombent dorénavant. Ces interventions permettaient aux gars de s’aguerrir. A mon époque, on faisait en moyenne vingt interventions par an. Aujourd’hui, ils font beaucoup moins de missions, ils sont en même temps préparés à des interventions lourdes mais qui se produisent rarement (Djibouti, Ouvéa, Marignane).

 

 


En tout cas, on voit bien l’évolution du Général Favier entre 1992 et 2007 alors qu’il avait été rappelé pour réorganiser l’unité et qu’il a quitté le mois dernier le GIGN pour commander la région Ile-de- France de Gendarmerie.

Oui, Favier s’est imposé non sans mal avec son intelligence et sa grande capacité à comprendre les hommes. Il sait parler et écouter. C’est le meilleur officier que j’ai pu côtoyer.


Et c’est maintenant le Colonel Orosco le nouveau patron.

Oui. D’ailleurs je l’ai formé quand il est arrivé à l’unité. C’est quelqu’un de très calme et tempéré. Il sera très bon pour commander le GIGN.



Quant à toi, comment est-ce que tu vois ton futur d’écrivain ?

En fait, j’ai écrit un scénario. L’histoire porte sur un groupe d’intervention européen. Le GIGN n’existe pas en tant que tel. J’ai inventé le personnage principal en reprenant les traits de caractères de plusieurs de mes camarades du GIGN. Donc dans un, j’ai mis le caractère de dix. Et ça dégage ! Mon personnage est donc le chef de cette structure.


Le groupe deux – 1994

 


C’est donc futuriste ?

Oui en effet, mais cela ressemble à la coopération qui existe actuellement au niveau européen car il y a dans mon scénario des belges, des hollandais, notamment. Le binôme de mon personnage est un ancien SAS.

Est-ce qu’il y aura des scènes plus fines que ce que l’on voit dans l’Assaut comme des effractions, par exemple ? (Roland répond avec un brin d’ironie)

Oui, j’en ai écrit une où un terroriste est planqué dans une maison. Il est repéré grâce à la caméra thermique et il est décidé d’effectuer un tir sur lui avec un mac milan.


« Le Gitan » – 1990

Et est-ce que tu as des contacts avec le cinéma ?

Oui, je multiplie actuellement les contacts à ce sujet. Mais c’est compliqué et cela prend du temps. Le projet mérite encore d’être travaillé. En tout cas, tout le monde me dit que l’idée est bonne.
Pour l’instant, je continue à participer à des émissions de TV et je participe d’ailleurs aujourd’hui à l’enregistrement d’une émission pour la chaîne Direct 8 consacrée aux grandes prises d’otages qui ont marqué l’histoire pour parler de Marignane. La diffusion aura lieu avant l’été.

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Propos recueillis par Quentin Michaud / "Kalach" / "Sierra"

Crédits photos: © gign.org