Interview d’une figure du GIGN



Alain Pustelnik dirige aujourd’hui la sécurité du groupe Casino. Dans une autre vie, il était gendarme au GIGN. Il  a marqué l’unité par son fort caractère et son allure physique toute aussi imposante. Faisant partie de ceux qui ont donné de leur personne au Groupe sans tirer gloire ni vanité, il a accepté cette interview pour raconter son histoire, partager son vécu, en toute simplicité.

Alain à l’entraînement

Après un service militaire en Gendarmerie et quelques années passées en ELI (PI de la gendarmerie mobile), Alain, dit « Puce », est classé cinquième sur cent aux tests d’entrée du Groupe en 1983. « C’était la totale découverte pour moi, cela me paraissait si inaccessible ». Particulièrement affuté en sport de combat, Alain s’implique très vite dans les formations d’arts martiaux et de boxe pieds/poings au sein de l’unité. Très vite, il a du employer ces techniques de maîtrise à mains nues en intervention. « En juillet 1984, nous sommes une douzaine d’opérationnels à nous rendre sur une prise d’otages à bord d’un avion cargo sur l’aéroport de Marignane. Le GIPN de Marseille était déjà sur les lieux. Le préfet ne savait pas trop à qui donner la main pour résoudre l’affaire. Lorsqu’il a été question de se déguiser en employé civil de l’aéroport, les policiers disaient que les tenues étaient trop petites ou trop grandes. Nous avons dit qu’elles iraient très bien pour nous, le préfet a alors dit « Les gendarmes prennent les tenues, le GIGN prend l’affaire en main ». Nous nous sommes débrouillés avec, j’ai alors réussi à monter à bord de l’appareil en me faisant passer pour un agent de l’aéroport. Le prétexte était qu’il fallait détacher des filets dans la soute pour préparer le décollage de l’avion demandé par le preneur d’otages, un déséquilibré aux motivations floues. Dès que l’occasion s’est présentée, je me suis jeté sur lui pour lui subtiliser son arme et le maîtriser à terre ».
Alain, après l’assaut à Ouvéa en 1988

Son souvenir le plus fort ? « Ouvéa a été la mission la plus dure », confie-t-il. La jungle, la fatigue, les collègues du Groupe pris en otages, l’assaut. Vingt quatre ans après, le souvenir est encore vif. « J’étais binômé lors de l’assaut avec un marin du Commando Hubert. L’environnement équatorial nous a compliqué énormément la tâche. J’étais juste à côté du lieutenant Timothée, jeune officier au Groupe, lorsqu’il a reçu une balle en pleine tête. Après avoir pu entrer dans la grotte, j’ai neutralisé Dianou en lui tirant une balle dans le genou ». Deux mois auparavant, Alain a participé à l’arrestation de Philippe Bidart, chef de l’organisation séparatiste basque. Il se souvient que « nous étions quatre opérationnels à nous relayer pendant un mois autour de la villa dans laquelle il était susceptible de loger. Lorsque nous étions sûrs de sa présence, nous avons mené l’assaut à quatre. Il ne fallait pas se planter ! Après avoir maîtrisé ses complices, nous sommes entrés dans la maison. Mon binôme a réalisé deux tirs de sommation avec un MP5 à visée laser (le GIGN en disposait de quelques exemplaires déjà à l’époque) pour qu’il se rende. Quand nous l’avons menotté et embarqué dans la fourgonnette des gendarmes départementaux, il s’est évanoui. Il était complètement liquéfié par la peur, on était loin de l’image du tueur de policiers et de gendarmes ! » Plus tard, Christian Prouteau a récompensé les quatre auteurs de cette arrestation qui a fait date dans l’histoire du GIGN en leur offrant un brevet en argent massif.


En 1995, il a eu la possibilité de visiter le siège du FBI aux Etats-Unis. « J’ai même pu visiter la Maison-Blanche grâce au photographe du président Bill Clinton qui est venu lui-même me serrer la main lorsqu’on lui a dit que j’étais du GIGN. C’était une visite totalement officieuse mais j’ai été très bien reçu par les américains. Le GIGN vivait à ce moment-là ses heures de gloire après Marignane ». Marignane justement. Au lendemain du début de la prise d’otages à bord de l’airbus, Alain est envoyé sur place en Transall avec l’EPIGN. « Au moment de l’assaut, j’étais chef de groupe de la passerelle avant, je rentre en troisième. Je prends très vite une balle dans la cuisse. Je prends alors position à côté d’Eric Arlecchini (décédé dans un accident de plongée avec Antonio Capoccello en 1996). Puis, une deuxième balle vient me sectionner les tendons du genou droit. Un collègue m’extirpe alors par le toboggan à l’arrière de l’appareil ». Alain a bien sûr vu le film l’Assaut relatant ce fait d’armes inégalé au monde en matière de contre-terrorisme aérien. « La partie intervention dans l’airbus est bien fidèle à la réalité surtout avec les opérationnels actuels qui jouent notre propre rôle ».

 

Remise de la légion d’honneur aux blessés de Marignane par le président de la République François Mitterrand



A cette période, le GIGN était également engagé dans une mission plus discrète aux côtés du COS pendant la guerre de Bosnie. Les gendarmes se relayaient tous les cinq mois à l’Etat-Major du COS à Sarajevo entre 1992 et 1995. Alain Pustelnik y était en 1993. « Notre présence ne devait pas filtrer, nous étions là-bas sous couverture d’appartenance à un détachement de l’ALAT. Notre mission était d’apporter un soutien aux hommes du 1er RPIMa et du 13è RDP à la recherche de renseignements ». Localiser les caches d’armes serbes, les usines transformées en fabrication d’armement, les dispositifs ennemis. Tels étaient leurs objectifs. « Au cours de ma mission, j’ai également participé à une opération d’escorte de militaires croates avec le 1er RPIMA et quelques légionnaires. Nous avons été pris en otages pendant vingt-quatre heures par les serbes. Cela s’est bien terminé. »

 

En dehors du GIGN, Alain a bien sûr quelques autres bons souvenirs avec d’autres unités françaises et étrangères. « Un jour, un entraînement conjoint a été organisé entre le GIGN, le Service Action de Cercottes et la Delta Force américaine. Nous devions sauter en Normandie pour remplir une mission fictive. La veille du saut, les américains sont allés acheter du poulet rôti et d’autres victuailles, nous n’avions quant à nous que des rations de combat. Ils ont sauté avec leurs courses du supermarché. C’est là que l’on s’en rend compte que nos méthodes divergent ! »

Début de l’équipe des chuteurs ops du Groupe avec Alain au milieu

Après quatorze années de service opérationnel, Alain prend la tête de la cellule technique de l’unité pendant trois ans. « C’était un tout autre travail de prospection et de mise au point de nouveaux matériels (gilets pare-balles, chasubles, etc). J’ai notamment participé à la préparation de l’arrivée des chevrolets suburban swatec en 2002 ». Malgré le temps qui passe, Alain garde bien sûr un souvenir particulier de certaines personnalités qui ont marqué le Groupe. « Denis Favier m’a demandé mon sentiment lorsqu’il a été pressenti pour réformer le GIGN en 2007. Je lui ai dit qu’il était la seule personne en mesure de le faire pour sa capacité à fédérer les hommes, pour son sens humain et son sens du commandement. Il est aujourd’hui récompensé à juste titre par les responsabilités qu’il exerce au ministère de l’Intérieur ».



Propos recueillis par : Quentin Michaud et Rémy H.
Article rédigé par Quentin Michaud - Juillet 2012

Crédits photos: © gign.org