Quand le GSPR était crée par les gendarmes du GIGN



Aujourd’hui, le Groupe de Sécurité de la Présidence de la République (GSPR) s’est vu profondément remanié avec l’investiture du président François Hollande. Composé uniquement de policiers du Service de Protection des Hautes Personnalités (SPHP) sous le mandat de Nicolas Sarkozy, il est désormais formé de quarante policiers et vingt gendarmes, tous issus du GIGN. Avec une femme commissaire, Sophie Hatt, à la tête du GSPR pour la première fois, « cela va changer les mentalités dans un monde à majorité écrasante masculine », confie Henri. « Pour le GIGN, c’est un retour de la confiance du pouvoir politique en une vieille institution qu’est la gendarmerie nationale, ajoute-t-il. C’est une reconnaissance à juste titre de ce que le GIGN a mis en place il y a des dizaines d’années ». C’est effectivement en 1981, au lendemain de l’élection de François Mitterrand, que la décision est prise de créer le GSPR avec l’expertise du GIGN en protection.


Avant d’être gendarme, Henri était marin. En 1969, il intègre les Commandos Marine, les mythiques bérets verts. « J’ai passé mon Brevet Elémentaire au cours Fournier, puis, après le stage commando, j’ai eu la chance d’intégrer Jaubert ». Il voulait être officier-marinier. Pour cela, il fallait embarquer. « J’ai obtenu l’affectation sur le Victor Schœlcher pour suivre la campagne d’application 71-72 avec la Jeanne d’Arc. Ensuite, je suis retourné à l’école des fusiliers marins pour suivre le CFOM 98 pour sortir quartier maître du Cadre Spécial et être second maître quelques mois plus tard ». Après avoir embarqué sur le croiseur Colbert jusqu’en 1975, Henri a appris la naissance du GIGN. La gendarmerie ne lui était pas étrangère puisqu’un de ses oncles avait été fusilier marin puis gendarme mobile.
Henri Petry se voit remettre son insigne par le capitaine Prouteau en 1979

 

Après avoir demandé et obtenu son changement d’arme, Henri Petry est muté à Satory à l’escadron 4/1 de Gendarmerie Mobile. « J’ai eu la chance de participer à l’un des premiers stages des « équipes commandos régionales d’intervention » avec Jean-Michel Pignon. Ce stage était organisé par le lieutenant Prouteau qui créait le GIGN ». En 1978, il passe avec succès les tests pour intégrer le GIGN.Très vite, il va se trouver un autre intérêt pour la protection. Alors que François Mitterrand devient président de la République en 1981, le Service Action de la DGSE est d’abord mobilisé pour assurer sa sécurité. D’importantes failles dans la protection du chef de l’Etat sont mises au jour, « Christian Prouteau pourrait en parler plus précisément mais de ce que je sais, c’est qu’une certaine routine s’était mise en place par des jeunes policiers de l’époque. Le président mangeait, la sécurité mangeait. Le président dormait, la sécurité dormait. Bien que quelque peu exagéré, c’était l’idée ». D’autres anciens profitaient de cette place à leur seul profit et ne voulaient pas de concurrence même au sein de leur corporation. A cette époque, le GIGN était une jeune unité mais elle disposait déjà d’une expérience et de plusieurs succès en mission en France comme à l’étranger.
Visite officielle du président en Togo en France en 1985 (Henri est à gauche) 

« Le GIGN a toujours su s’adapter et se remettre en question. De plus, le GIGN a été progressivement le formateur de beaucoup d’unités étrangères et on apprend aussi de ses stagiaires ». Dès 1982, Henri Petry est appelé par Christian Prouteau, missionné par le président de la République, pour créer le GSPR. « Un des anciens du Groupe avait proposé à Christian Prouteau que je participe à cette aventure. Je n’ai évidemment pas refusé. Nous étions quatre pressentis pour cette mission. A cette époque, Christian Prouteau était appelé à l’Elysée, le GIGN venait d’emménager à Satory dans la nouvelle caserne. Il y avait beaucoup de changements en peu de temps ».
Le président de la République François Mitterrand en visite à Avallon (Henri est à droite)

 

Il y a donc eu un grand recrutement pour créer le GSPR et renforcer le GIGN. Concernant le GSPR, une trentaine de stagiaires ont été retenus par le capitaine Alain Lecaro qui prenait le commandement de cette nouvelle unité. Affecté au GSPR en 1984, Henri se souvient qu’il a été instructeur lors des quatre premiers stages de recrutement.Au quotidien, il se trouve affecté au plus près de la protection de François Mitterrand. « Mais, il y a eu peu de moments intimes avec le président. Quelques échanges, provoqués par lui, m’ont confirmé qu’il connaissait parfaitement le personnel de sa protection. En effet, j’ai une maison dans le sud Vienne et il m’en avait parlé. Il connaissait bien la Charente et Civray, la ville la plus proche où j’avais cette maison ».Et lorsque l’on lui demande comment il a appris l’existence de Mazarine, il répond que « c’était, dès le départ, une des missions qu’il fallait assurer. Certains gendarmes avaient été recrutés spécialement pour elle ».
Henri a du aussi sillonner le globe sous toutes ses latitudes. Avant que le président de la République n’effectue une visite officielle dans un pays étranger, plusieurs membres du GSPR réalisent une reconnaissance pour reconnaître les lieux et les éventuels problèmes de sécurité qu’ils peuvent poser. « Mon premier précurseur long a été à Katmandou, au Népal, en 1983. Cela nous a demandé trois semaines de préparation, de reconnaissances et de rencontre avec les services de sécurité locaux pour un voyage officiel d’une journée et demie. Il fallait reconnaître l’hôtel, les cortèges, les itinéraires, récupérer les précurseurs longs et courts pour répéter avec chacun le programme avant d’attendre l’arrivée du président dans le pays. Pour une première, c’était très prenant ».En 1985, le président François Mitterrand devait se rendre à Londres pour rencontrer Margaret Thatcher. « Personne ne voulait y aller, mais j’allais personnellement en terrain connu puisque ma belle famille y réside. Je me suis rendu seul au 10, Downing Street où j’ai été accueilli par les Special Branch et par un policier de la protection diplomatique avec qui j’ai lié des liens d’amitié. Plus tard, lors d’un autre voyage officiel sur Londres, cela nous a grandement facilité les choses », confie Henri.Et lorsqu’on le questionne sur les liens avec les policiers (Voyages Officiels puis SPHP), Henri répond avec franchise : « C’est avant tout une question d’individus. Pour ma part, mes rapports ont toujours été cordiaux avec les policiers. Je suis toujours en contact avec certains d’entre eux. Je sais que l’étiquette « GIGN » y a été pour beaucoup ».
Dans les années 1980, la technologie n’était pas aussi performante et généralisée qu’aujourd’hui dans les missions de protection. « C’est désormais beaucoup plus facile. Les téléphones portables passent presque partout et ne pèsent que quelques centaines de grammes alors que le « 8 Watts » d’alors faisait son poids. Le GPS, l’informatique et toute cette technologie ne doivent pas nous faire oublier qu’il faut pouvoir s’en passer, si nécessaire. C’est notre adaptation à utiliser le système D qui nous a toujours permis de faire face aux imprévus ». Cependant, dès cette époque, une mallette avec un HK à l’intérieur, une valisette noire dépliable en trois parties et autres gadgets faits maison entrent progressivement en dotation au sein du « GSP ».
 Entraînement parachutiste avec le 13è RDP à Dieuze

 François Mitterrand recevait les hommes du GSPR avec leurs épouses, un moment rare pour un président.
François Mitterrand au Conseil Constitutionnel

Depuis son retour à la vie civile, Henri a fondé la société TRES Security qui est « la continuité d’HP Formation créée de 1994 à 2004. C’est un centre privé de formation militaire et sécurité. J’ai voulu faire officiellement ce que d’autres font plus ou moins cachés. Pour le moment, nous sommes axés sur la Protection Privée de Personnes. J’ai simplement adapté au privé ce que nous savions faire en officiel ». TRES Security se situe dans une vieille caserne au nord de Bellac dans le Limousin. « Elle appartient à mon partenaire dans la société ».


 

Aujourd’hui, en France, la protection des patrons des grandes entreprises, telles que celles du CAC40, est quasi-nulle en comparaison à ce qui se passe dans les pays anglo-saxons. Henri est sensible à ce débat car « le problème vient de nous même. En effet, il est pratiquement impossible de fédérer. Il y aura toujours quelqu’un pour essayer de se distinguer au détriment de la communauté ». Il ajoute même « qu’au niveau des formations en protection rapprochée, certains centres mènent des stages plus apparentés à des techniques de « terroristes » qu’à de la protection rapprochée et il est impossible de connaître le passé des formateurs ».

Il existe six ou sept titres professionnels en France. Au Royaume Uni, que le stage se soit passé en Irlande, en Ecosse ou au Pays de Galles, la même formation est reconnue par la Security Industry Authority. « Mettez-vous à la place d’un candidat qui cherche un stage ou d’un patron d’entreprise, comment  voulez-vous qu’ils s’y retrouvent chez nous. Concernant les grands patrons, je pense que les assurances ne jouent pas le jeu. En effet, qu’arriverait-il à l’entreprise si son patron était pris en otage ou abattu ? C’est vrai que les évènements tels que l’enlèvement du baron Empain et les assassinats de Georges Besse ou du  général Audran nous paraissaient lointains. C’est dommage car les français ont la mémoire courte. De plus, en France, nous sommes plutôt curatif que préventif. J’espère que le conseil national des activités de sécurité privée (CNAPS) va amener des changements constructifs ».



Article rédigé par Quentin Michaud - Juin 2012

Crédits photos: © gign.org