La cellule négociation du GIGN



La cellule négociation du GIGN

La cellule négociation du GIGN a été créée en 1991. Même si le Groupe a toujours repoussé l’usage des armes dans la résolution d’une situation de crise, l’apparition d’une spécialité de négociateur fait prendre une dimension encore plus importante au poids des mots pour raisonner un homme ou une femme dans une position de grave désespoir. Bernard Thellier, ancien gendarme au GIGN, a accepté de nous aider à mieux comprendre cet engagement où l’humain a plus que jamais sa place.


Pour Bernard, comme pour beaucoup, le service militaire a été un vrai déclic. « Ca a été pour moi le début de ma vie. J’ai appris à serrer les dents. En 1991, je me suis retrouvé à Melun en gendarmerie. Je connaissais déjà un peu la maison puisque mon père était gendarme. Puis, j’ai décidé de faire le peloton de gradé finissant troisième au niveau national ce qui m’a permis de choisir la brigade de Péronne. C’est à ce moment-là que j’ai préparé les tests de sous-officier de gendarmerie, mon père m’a dit que pour un sportif et un caractère bienveillant comme le mien le GIGN serait une unité qui pourrait me convenir. J’en avais entendu parler mais je me disais que cela devait être inaccessible, car pour moi ces personnes devaient être des machines, le peu de fois que je les voyais à la télévision ils n’avaient pas une apparence humaine, ils étaient casqués, cagoulés, impressionnants, ils ne reculaient jamais, ils avaient l’air presque immortels.

Mais, très vite, Bernard apprend à mieux connaître cette unité. « En école de gendarmerie, un instructeur qui préparait les tests au GIGN, Yannick P., m’a conseillé d’être affecté en escadron de gendarmerie mobile à Satory pour mieux les côtoyer. Chose faite, je les voyais descendre en rappel lorsque j’étais dans la cour de l’escadron, c’était un rêve à atteindre pour moi. Il y a eu des années pendant lesquelles il n’y a pas eu de tests au GIGN, les effectifs étaient suffisants. En 1997, j’ai pu me présenter et les tests se sont très bien déroulés pour moi. Une fois breveté, j’ai intégré une section opérationnelle ». Et lorsqu’on lui demande s’il avait la fibre de négociateur dès ce moment, il ajoute : « Je connaissais cette spécialité mais je voulais avant tout de l’action. En 1998, la négociation n’était pas aussi développée qu’aujourd’hui. Et puis, je recherchais avant tout cette adrénaline que l’on retrouve lors des deux à trois secondes d’assaut sur un forcené ou une prise d’otages ».


Bernard, (devant) à l’entrainement

Sur son premier forcené qui avait déjà tué quatre personnes, Bernard voit travailler Félix, le négociateur du Groupe envoyé avec sa section opérationnelle. « Il parvient à faire sortir le forcené de chez lui, je lui saute dessus pour le maîtriser. Une seconde d’action pour moi mais huit heures de travail intense pour le négociateur, c’est là que j’ai pris conscience que la « négo » m’attirait par cette sensibilité particulière dont il faut faire preuve ».

Après s’être fait la main pendant trois ans en intervention, Bernard peut commencer la formation de négociateur avec l’accord de la cellule négociation et des officiers de l’unité. « Pendant cette formation très enrichissante, un  négociateur expérimenté de l’unité accompagné de différents intervenants civils dont un psychiatre et un spécialiste de la communication, Jean-Pierre Veyrat, directeur de la société Negorisk, nous ont formés à la négociation conflictuelle et à l’évaluation des profils psychologiques ». Le GIGN entretient également d’excellentes relations de longue date avec les négociateurs du FBI qui sont reçus à Satory. « Une fois la qualification à la négociation de crise de premier niveau (QNC1) acquise, notre objectif est de la mettre très vite en pratique pour s’habituer à être confronté à des cas à chaque fois différents. Les personnalités ne sont jamais les mêmes. Nous n’abordons, par exemple, pas de la même manière un médecin et un agriculteur. Chaque cas est particulier, il faut en avoir conscience. En face de nous, nous avons des Hommes, dotés d’une intelligence, avec des mentalités différentes, un passé différent, une éducation différente et il faut faire extrêmement attention à chaque fois de bien comprendre chaque individu. Nous sommes tous uniques avec des réactions qui peuvent être totalement différentes d’une personne à l’autre ».

L’expérience ne s’acquiert cependant que sur le terrain. En mission, deux négociateurs du GIGN sont systématiquement mobilisés. « Le numéro un établit et entretient le contact avec le forcené. Le numéro deux l’assiste et le conseille, il subit moins de pression que son collègue qui peut passer à côté de certains éléments importants lors de la négociation. Il doit être en mesure de le remplacer car cela peut arriver que nous sentons que le numéro un ne parvient pas à créer une relation de confiance avec le forcené pour des raisons qui nous échappent parfois. » C’est aussi sur le terrain que le négociateur mesure l’importance de la communication non verbale. « L’intonation, les silences, les différences de ton sont autant d’indices pour nous pour mieux connaître l’état psychologique de la personne en face ». Un bon négociateur est résolument quelqu’un qui est à l’écoute, qui sait laisser parler celui ou celle qui est à bout en face de lui. « Ce sont des choses que l’on ne retrouve plus dans la société actuelle et nous sommes formés dès le début à arrêter de parler pour pouvoir écouter. Il vaut mieux laisser l’autre s’exprimer pour qu’il sorte son mal être, pour qu’il nous donne sa version. C’est frustrant quelque part de vouloir trop mettre en pratique la théorie mais c’est essentiel pour nous afin de recueillir un maximum d’informations ».


Bernard et ses collègues du Groupe en protection de la visite du pape Jean-Paul II en France en 2004

Aujourd’hui, 90% des missions sont résolues grâce à la négociation. Mais les négociateurs tiennent à rester humbles face à ces réguliers succès en opération car chaque négociation amène à chaque fois son lot de surprises. « Nous nous devons de conserver à notre manière les valeurs chères au GIGN que sont la modestie, la discrétion et le respect de la vie », confie Bernard.

Bernard se souvient très bien de son baptême du feu de négociateur, une mission intense dont il a tiré beaucoup d’enseignements. « Nous sommes engagés à la frontière suisse sur un forcené qui a tué plusieurs personnes. Je suis numéro deux. Dès le départ, l’individu se trouve dans une phase passionnelle, c’est-à-dire que la personne est extrêmement agitée et présente un comportement agressif, colérique. Nous devons alors faire preuve d’empathie pour écouter ses émotions. Puis, nous entrons dans une phase d’entendement permettant de nouer le contact et qui précède généralement la phase de raison aboutissant à la résignation de l’individu ». Dans le cas de ce forcené, rien ne va se passer comme prévu. « Après plusieurs tentatives téléphoniques infructueuses, Jérôme, le numéro un, décide de l’appeler aux abords de la maison à la voix. Le type surgit subitement à une fenêtre et brandit un téléphone, le négociateur l’appelle aussitôt sur ce téléphone. Le forcené lui dit : « arrêtez de crier comme ça, vous allez ameuter les voisins ! ». Les voisins étaient bien sûr évacués depuis plusieurs heures, nous étions au total 200 gendarmes. Le type était vraiment dans une démence incroyable. Néanmoins, au bout d’un certain temps, mon collègue sent qu’il n’accroche pas avec le forcené, on décide donc de changer de négociateur, je passe numéro un. Après un temps de préparation, je prends la parole.  Au bout de sept ou huit heures de négociation, j’arrive enfin à lui faire accepter de jeter son fusil devant sa maison. Face à cette opportunité, la colonne d’assaut prépositionnée reçoit le top action mais le type fait demi-tour au même moment. Le groupe s’engouffre à son tour dans la maison pour l’arrêter. Un long silence, suivit d’un cri de haine et de désespoir. « Je veux parler au médiateur immédiatement ! ». Je me précipite dans la maison, car j’ai le sentiment qu’il se passe quelque chose d’anormal, j’entre et là je vois tous les ops autour du type qui braque sous son menton un pistolet qu’il avait gardé dans son dos ! C’est à ce moment précis que je comprends qu’en réalité ce n’est pas fini mais que tout commence. Heureusement que Félix qui est négociateur lui aussi était le premier dans l’équipe d’assaut (un négociateur peut prendre place lors d’une intervention, ndlr) car il a aussitôt stoppé la colonne. Le forcené crie alors tout en me regardant avec des yeux rouges, injectés de sang, de rancune et de tristesse : « Tu as cinq secondes pour faire sortir tout le monde ou je me fais sauter la tête ! Cinq, quatre, trois… ». Je demande à tout le monde de sortir. Mais il me dit quelques secondes après : « Je sais qu’ils sont encore là… ». L’équipe d’assaut était le long d’un mur dans l’entrée de la maison, mais il les voyait grâce au reflet d’un cadre ! Ils sortent alors tous de la maison, je lui demande quand même de promettre qu’il ne me fera pas de mal ce qu’il répond par : «  Mais oui, je ne veux faire de mal à personne de toute façon ! ». Bernard et Jérôme se retrouvent seuls avec le forcené. « Comme nous l’apprenons dans la théorie, je dois absolument me synchroniser à nouveau avec l’individu. Lorsqu’il s’assoit, je m’assoie. Lorsqu’il croise les jambes, je croise les jambes. Lorsqu’il se sert un verre de vin, je me sers aussi un verre de vin. Il se met à manger des cacahouètes sur la table, je fais pareil.  Ceci est primordial car nous communiquons verbalement mais également de conscient à conscient et d’inconscient à inconscient avec l’individu en face de nous. C’est très important pour mieux prendre l’ascendant psychologique sur la personne ».

« Nous parlons de tout et de rien pendant plusieurs heures, mais je vois qu’il ne lâche à aucun moment son arme. Au bout d’un moment, je suis réellement synchronisé avec lui et c’est l’effet inverse qui se produit. Quand je bois, il boit, quand je décroise les jambes, il fait de même, je me dis qu’en me levant il va faire pareil. Et si je décide de sortir de la maison, il m’accompagnera. Ce que je fais mais mon pull se lève en même temps faisant apparaître mon glock dans mon dos. Il ne peut absolument pas le voir car il se trouve en face de moi. Instinctivement, je m’époussète lui faisant croire que j’ai des miettes de cacahouètes sur mon pull ce qui me permet de replacer mon pull pour cacher mon pistolet. Il n’a pas vu mon glock mais il a remarqué sur mon visage que quelque chose n’allait pas. Il dirige son pistolet vers moi et m’ordonne de me tourner. Je soulève mon pull pour lui montrer mon arme. Il entre dans une colère incroyable « Je vais te buter ! T’es un flic ! ». Pendant de longues minutes, il me hurle dessus en me menaçant. Je joue alors la carte de la peur et je lui dis que ce n’est pas vrai, que je ne suis pas flic. Je lui dis qu’il avait promis de ne pas me faire de mal, il me répond « Ben c’est vrai ! ». « Pourquoi vous me braquez alors ? ». Et là, il replace aussitôt son pistolet sous sa gorge ! J’étais complètement scotché. Jérôme, qui a plus d’expérience que moi, prend à cet instant la parole : « Je ne me sens pas bien, je peux avoir un verre d’eau s’il vous plaît ». Et le type lui remplit un verre d’eau ! On en profite pour ouvrir la porte et faire entrer l’équipe d’assaut. Au moment où l’individu se retourne, la colonne saute sur l’occasion pour lui bondir dessus ». Bernard comprend bien par cette expérience que la négociation demande une implication totale au cours de laquelle il ne faut jamais se relâcher.


Par la suite, Bernard a pu passer la qualification de négociation de crise de deuxième niveau (QNC2). Et les missions toutes aussi complexes s’enchaînent. Dans la nuit du samedi 4 décembre 2004, le GIGN est appelé pour un forcené au 8è régiment du matériel de Mourmelon. Il s’agit d’un adjudant artificier ne supportant sa mise à la retraite d’office. La mission se révèle être une première pour l’unité puisque le militaire s’est retranché dans un bunker de stockage dans lequel sont entreposés soixante quatre tonnes d’explosifs. Il a installé des détecteurs sensoriels sur la porte et des détecteurs de fumée sur la bouche d’aération de l’entrepôt fortifié. « Ses collègues artificiers nous expliquent que s’il fait tout péter cela créera un cratère de quarante mètres de diamètre, de quinze mètres de profondeur et une déflagration mortelle jusqu’à cinq kilomètres de distance. On fait immédiatement évacuer tous les villages alentours. Pour nous aider à dresser son profil psychologique, nous faisons affréter un falcon pour faire venir sa famille de Bretagne. Ses amis et son entourage nous ont beaucoup appris sur lui. Nous nous sommes  rendu compte qu’il avait fermé tous ses comptes, qu’il avait vendu sa maison et qu’il avait transféré l’argent à sa famille. Cela signifie clairement que son acte est prémédité et qu’il a l’intention d’en finir. J’explique à tout le monde que pour moi il s’agit donc de quelqu’un de déterminé qui ira jusqu’au bout.  Nous estimons qu’il s’agit de quelqu’un de déterminé avec un fort risque de passage à l’acte. Je consulte mon collègue, Mike négociateur numéro deux, et je lui confie que je le sens mal. On décide spontanément d’appeler chacun nos familles, nous craignions vraiment que cela puisse mal finir. Pour ma part, je dis simplement à ma femme et à mes enfants que je les aime avant de leur dire « à ce soir ». Je parviens à établir un contact avec l’adjudant retranché, après avoir bien préparé ma prise de contact. Il me confie que sa hiérarchie lui met des bâtons dans les roues depuis des années. On réussit à échanger sur ses problèmes d’arrêts maladie à répétition et sur les conflits avec sa hiérarchie. Puis, il me dit qu’il souhaite que son dossier militaire soit confié à son avocat. Conformément à sa demande, je lui ai promis que son dossier disciplinaire sera dessaisi de l’armée pour être examiné par une juridiction civile. Je lui dis pendant nos pourparlers que « j’ai l’impression que l’on m’a caché quelque chose et je vais demander des comptes ». Il me répond que « cela fait des années que j’essaie sans succès de vous faire comprendre ma situation ».Après plusieurs heures de négociation, je sens qu’un climat de confiance est nettement établi entre moi et le forcené. Enfin, il souhaite parler à son avocat et il nous fait comprendre qu’il sortirait peut-être à l’issue. Il a donc été mis en liaison radio, c’était d’autant plus fastidieux pour nous qu’il demandait systématiquement à son avocat de tout vérifier sur ce qu’on lui disait. Il était complètement parano. Je continue à maintenir le contact par la parole avec lui à travers la porte d’entrée du bunker. Je sens une issue positive qui se profile à l’horizon car je dispose d’un lien privilégié avec le forcené. Ce dernier souhaite dormir quelques heures et s’engage à sortir au petit matin. Nous en profitons pour nous reposer également. Le lieutenant-colonel Frédéric Gallois, patron du GIGN, est également présent avec nous depuis les premières heures de la crise pour faire l’interface avec le cabinet du ministre de la Défense.

Il faut avoir à l’esprit que nous étions en plein mois de décembre et qu’il neigeait. Je tiens d’ailleurs à saluer le boulot formidable fait par les tireurs du Groupe qui sont restés des dizaines d’heures planqués dans la neige pour observer le bunker à plusieurs centaines de mètres. Ils étaient ainsi en mesure de réaliser un tir de neutralisation au cas où le forcené pointait le bout de son nez en brandissant la menace d’un détonateur à pression.

Le lundi 6 décembre, à 6h45, nous reprenons le contact et il me dit instinctivement « ok je sors ! ». Je suis surpris et je lui réponds aussitôt « attendez, doucement, je vais vous expliquer comment vous allez sortir ». Je lui précise qu’il y a des gendarmes autour, je ne voulais pas qu’il soit étonné. Les tireurs étaient en place mais de toute façon il ne pouvait évidemment pas les voir. Des opérationnels du Groupe s’habillent aussitôt en gendarmes départementaux pour le maîtriser dès sa sortie. Je lui demande de ne pas porter de veste et de lever les mains en l’air lors de sa sortie. Quelque secondes plus tard, il ouvre la porte et je le découvre en face de moi. C’est un moment particulier car je rencontre enfin la personne avec laquelle je discute depuis trois jours. Je le remets entre les mains de mes collègues qui l’accompagnent vers une fourgonnette de la GD ». Une fois le bunker vérifié par les spécialistes artificiers, Bernard et ses collègues inspectent l’endroit et découvrent un mini-laboratoire chimique pour manipuler des explosifs et un garde-manger ! « Initialement, il n’avait vraiment pas l’intention de se rendre et nous avons compris à quel point nous sommes passés à côté d’une catastrophe. Quelques mois plus tard, nous apprendrons qu’il avait été placé dans un asile, mais je ne suis pas convaincu qu’il y avait sa place car c’était un cri de désespoir qu’il avait l’intention de faire rugir de longue date ».

Autre souvenir très fort en mission pour Bernard. Jeudi 9 mars 2006, un homme prend vingt et un élèves et deux surveillantes en otages dans un lycée de Sablé-sur-Sarthe. Il s’agit d’un ex professeur contractuel qui souhaite parler de ses problèmes professionnels et personnels à François Fillon, élu de la région. Il est armé d’un pistolet, « on découvrira plus tard qu’il pouvait seulement tirer des cartouches » se souvient Bernard. Trois heures plus tard, une quarantaine d’opérationnels du GIGN arrivent sur place par hélicoptère. « Des tireurs sont tout de suite placés en face du bâtiment dans lequel est situé la salle de classe car les grandes baies vitrées offrent un cadre panoramique pour nous informer sur la situation ». Bernard passe comme numéro un sur cette négociation, le chef de la cellule négociation de l’unité a également fait le déplacement. « Parmi les personnels de l’établissement avec lesquels nous discutons pour dresser un profil psychologique du preneur d’otages, une conseillère principale d’éducation le connaît particulièrement bien. Nous sentons que le preneur d’otages peut être sensible à l’écoute de cette personne. Nous décidons alors de lancer la négociation par son intermédiaire et cela va être un succès. Le déclic a été sensible chez le preneur d’otages, nous nous rendons compte du lien affectif énorme qu’il ressent pour cette femme. Progressivement, nous demandons à la femme de lui proposer de libérer des otages ce qu’il accepte de faire immédiatement ! C’est un excellent signe pour nous ».

Le preneur d’otages finit par libérer tous les otages, les surveillantes en dernier, au bout de six heures de dialogue par le biais de cette femme. Le preneur d’otages devient forcené. « La conseillère pédagogique est alors en mesure de lui parler directement près de la porte d’entrée de la classe dans laquelle il se trouve, sous notre protection totale bien sûr. Sur nos conseils, elle lui dit : « J’ai envie de te parler, maintenant pose ton arme et viens ». L’individu s’exécute aussitôt ce qui permet aux gendarmes du GIGN de le maîtriser en douceur. La rapidité de la résolution de cette prise d’otages par la négociation est un cas rare qui a permis, une fois n’est pas coutume, de démontrer l’importance des mots toujours privilégiés lors d’un engagement du GIGN dans une crise de ce type.

Bernard a pu se rendre compte au cours de sa carrière de l’importance du facteur humain pour résoudre une crise.  « Je suis persuadé qu’une femme ferait l’affaire en négociation mais pas en intervention. J’ai vu une femme se présenter une fois aux tests du GIGN, elle a été dépassée dès la marche commando. De plus, inconsciemment, je pense que les hommes auraient tendance à protéger la femme qui prend part avec eux à la colonne d’assaut ce qui peut remettre en cause le bon déroulement d’un assaut. Quoiqu’il en soit, elles sont très utiles aujourd’hui pour les filatures, par exemple » .

Avec les autres unités françaises, Bernard a notamment bénéficié d’un stage de formation à la DGSE. « Etant donné que nous sommes amenés à intervenir à l’étranger, ils nous ont expliqué comment se méfier. Ils nous ont détaillé comment un service étranger peut nous tamponner, c’est-à-dire chercher à nous manipuler pour obtenir des informations sensibles. C’était très intéressant ».


Reportage sur la formation des négociateurs régionaux de la Gendarmerie (à partir de 9′35)

Désormais, des femmes composent les effectifs des négociateurs régionaux formés par la cellule négociation du GIGN. Ils sont environ deux cent cinquante gendarmes répartis sur le territoire national, deux négociateurs par région en alerte, prêts à se rendre rapidement sur un cas de forcené voire de prise d’otages pour dresser un premier bilan et établir un premier contact si nécessaire, toujours en liaison avec les négociateurs du GIGN. Si la gravité de la situation l’exige, le GIGN est alors saisi de l’affaire et les négociateurs prennent la main sur les négociateurs régionaux. Le gain de temps est énorme pour le GIGN qui n’a plus qu’à s’engager pleinement dans la résolution de la crise.

Aujourd’hui, la cellule négociation du GIGN est composée de 17 personnels. Dirigée par un commandant chef de section opérationnelle au sein de la Force Intervention (FI), il coordonne la négociation et assure le suivi de la stratégie de négociation mise en œuvre par le GIGN. Il est épaulé par un chef de cellule, ancien chef adjoint de section ayant suivi le cursus de négociateur et coordinateur et qui a en charge le recrutement, la formation des négociateurs de l’unité, des négociateurs régionaux ainsi que des formations à l’étranger. Deux négociateurs sont également affectés en permanence au sein de la cellule négociation pour assurer les fonctions de négociateurs et coordinateurs. Un secrétaire la compose également afin d’apporter une aide logistique aux négociateurs y compris en mission. Enfin, douze négociateurs (huit négociateurs de crise et quatre négociateurs assistants) sont répartis au sein des quatre sections opérationnelles de la FI.

La formation s’articule à présent autour d’un premier degré composé d’un premier niveau (négociateur assistant) et d’un deuxième niveau (négociateur de crise) s’étalant chacun sur quinze jours. Un deuxième degré est accessible pour passer un premier niveau de coordinateur (une semaine de formation réservée aux permanents de la cellule ou aux négociateurs occupant des fonctions de commandement au sein des sections) ainsi qu’un deuxième niveau d’expert réservé aux permanents de la cellule et à l’officier négociateur et uniquement attribué après la rédaction d’un mémoire.



Avant de le quitter, Bernard tient à nous souligner que « le GIGN m’a tout appris. Nous faisons 80 à 90 heures par semaine, c’est pour nous un boulot comme un autre dans lequel nous sommes engagés à fond ». Aujourd’hui, il l’est encore à vivre de sa passion pour la négociation car, depuis qu’il a quitté le GIGN en 2007, Bernard donne des cours en négociation et psychologie comportementale à l’université d’Assas. Il met également son savoir-faire unique en matière de gestion de crise et des risques au service des entreprises. Il intervient dans les plus grands groupes français afin de sensibiliser les managers à la négociation commerciale. « Une mission est même pour eux beaucoup plus parlante que de la théorie, les gens peuvent identifier ce que j’ai vécu au quotidien, nous faisons un parallèle avec certaines situations tendues qu’ils peuvent rencontrer dans leurs activités civiles. C’est enrichissant à la fois pour eux et pour moi ».

Visiter le site de Bernard Thellier : www.precognition.fr


Article rédigé par Quentin Michaud
Avril 2012
Remerciements : Cellule Communication du GIGN
Cellule Négociation du GIGN

Crédits photos: © gign.org