Les médecins et les infirmiers au service du GIGN



En entraînement comme en opération, les gendarmes du GIGN bénéficient en permanence d’un soutien médical unique en son genre. Véritable maillon indispensable d’une colonne d’assaut qui intervient pour interpeller un forcené ou libérer des otages, les médecins et les infirmiers sont en mesure de suivre les opérationnels n’importe où, n’importe quand. Une mission parmi d’autres pour ces personnels médicaux militaires au service des autres unités de la Gendarmerie nationale. En exclusivité, nous avons rencontré deux d’entre eux. Le premier, ancien infirmier, nous partage son expérience rappelant l’utilité de ce centre médical pour le GIGN dès les années 1990. Le deuxième, un médecin en activité décrypte et analyse le rôle actuel des médecins et des infirmiers au sein du GIGN d’aujourd’hui.


Ancien infirmier militaire, Jésus Rodriguez a servi pendant trois ans au sein de ce centre médical de Satory. Le témoignage rare d’un infirmier sachant aussi bien manier le bistouri que le manurhin…

Dans un premier temps, pouvez-vous revenir sur votre parcours ?

Après mon service militaire dans l’armée de terre, j’ai commencé véritablement ma carrière militaire au 35è RAP puis au 21è RIMa. Dès le début, j’avais en tête le GIGN, je voulais vraiment intégrer cette unité particulière. Dans l’armée de terre, je me suis très vite spécialisé en tant qu’infirmier, j’ai participé à plusieurs opérations extérieures au Tchad,au Liban,en Centrafrique ou encore au Sénégal. C’était pour moi un réel objectif que de poursuivre en gendarmerie. Agé de 31 ans, j’y suis entré en 1990. J’ai d’abord été infirmier à Maisons-Alfort avant d’intégrer l’antenne médicale de Satory en 1995.

Quelle était la particularité de ce centre médical ?

La cellule médicale était alors rattachée au groupement blindé de la gendarmerie mobile (GBGM), basé à Satory. La particularité des médecins et des infirmiers qui composaient cette unité médicale est que nous servions toutes les unités du GSIGN, à savoir le GIGN, l’EPIGN et le GSPR, en plus du GBGM. Nous étions sept infirmiers et trois médecins, la charge de travail était très importante.

Il fallait être particulièrement disponible. Je me souviens lorsque j’ai été bipé un week-end, alors que j’étais seul chez moi avec mon fils qui avait quelques mois. J’étais en train de faire des travaux sur mon frigo, ma femme s’était absentée. Aucun voisin n’a répondu à mes appels, j’ai du laissé un mot à ma femme sur la porte du frigo démontée, en laissant mon fils seul à la maison. J’ai foncé à la caserne et nous sommes partis en intervention. Ces moments font prendre conscience de la disponibilité dont il faut faire preuve au GIGN.

Comment se sont passées vos premières interventions ?

Ma première intervention s’est déroulée lors de l’affaire Kelkal, du nom d’un homme soupçonné d’activités terroristes après la vague d’attentats qui a secoué la France en 1995. Je n’avais pas encore reçu mon paquetage que l’on m’a dit « Tu prends juste un sac avec quelques affaires civiles, tu pars en mission ». Une fois arrivés, nous avons dormi dans un restaurant. Je suis ainsi resté en civil plusieurs jours. Nous n’avons pas trouvé le suspect où nous l’attendions, seul l’EPIGN est resté sur les lieux, nous sommes repartis vers Satory. Pendant notre retour, nous avons été appelés pour un forcené en région parisienne. Heureusement, j’ai pu récupérer quelques affaires en passant par la caserne, je ressemblais un peu plus à un infirmier militaire !

Mais, lors de certaines opérations, nous privilégions la discrétion préférant ne pas nous faire connaître en tant que membres des forces de l’ordre. En Corse, par exemple, nous avions été déployés pour une demande de rançon lors d’une séquestration de personnes. Nous nous faisions passer pour une équipe de rugbymen en stage d’oxygénation, c’est le genre de couverture imparable pour une quinzaine de types à l’allure athlétique !

Quelles pouvaient être vos autres fonctions au sein du GSIGN ?

J’ai pris part à plusieurs reprises aux tests de sélection du GIGN. J’ai pu me rendre compte qu’il y en avait qui étaient très bien préparés et d’autres pas du tout. La présence de l’infirmier était notamment indispensable lors des tests d’agressivité, beaucoup sont recalés à ce moment-là. C’est le but de l’exercice de tester la résistance aux coups. Cela m’est aussi arrivé de donner mon avis aux instructeurs sur le profil de tel ou tel candidat.

Au cours des tests de sélection, j’ai également pu mesurer la différence entre le GIGN, l’EPIGN et le GSPR. Une fois la première semaine de sélection passée, le stage est complètement différent selon l’unité. Au GIGN, les candidats doivent être résistants et soudés entre eux. A l’EPIGN, les candidats doivent être autonomes pour atteindre un objectif sans se faire repérer. Ils doivent se débrouiller seuls dans la durée. Au GSPR, ils apprennent à faire des repérages et à protéger le président de la République lors de ses déplacements. En tout cas, ils ont tous un mental phénoménal qui m’a toujours impressionné.

Pour servir de telles unités, vous étiez plus qu’un simple infirmier…C’est une chance en tant qu’infirmier de pouvoir bénéficier d’installations comme le stand de tir du GIGN. Nous n’étions pas limités dans le nombre de cartouches tirées, l’objectif était que les médecins et les infirmiers sachent tirer pour se défendre en intervention en cas de besoin. Il est évident qu’il faut aussi savoir sécuriser une arme lors de la prise en charge d’un gendarme blessé. Quoiqu’il en soit, les médecins et les infirmiers sont plus amenés à suivre le GIGN en intervention que les autres unités. A mon époque, un seul déplacement avec l’EPIGN avait été fait par un infirmier, mais, de manière générale, c’était très épisodique de traiter avec l’EPIGN et le GSPR.En 1995, j’ai failli partir aux Comores avec les opérationnels du GIGN mobilisés dans le cadre de l’opération Azalée pour arrêter le mercenaire français Bob Denard. Au dernier moment, notre départ a été annulé car une équipe médicale de l’armée de terre était déjà sur place. Nous attendons tous ce type d’opérations qui sont très rares, nous étions vraiment déçus de ne pas pouvoir y prendre part.

Est-ce qu’il y a des blessures qui vous ont particulièrement surpris ?

J’avais l’habitude de me retrouver sur un théâtre de guerre du fait de mon expérience dans l’armée de terre. J’ai quand même rencontré quelques cas sérieux, surtout lors d’entraînements. Par exemple, j’ai soigné deux blessés par balle dont un de l’EPIGN. Mais, à chaque fois, ils s’en sont sortis. Pour moi, c’était en tout cas une continuité que de médicaliser des blessés de ce type au sein du GSIGN.

Pour l’anecdote, il m’est aussi arrivé de prendre en charge un type, victime d’une crise cardiaque, alors que nous venions l’arrêter dans sa bergerie. Notre approche était extrêmement silencieuse, la porte a été pulvérisée par le souffle de l’explosion et le type a été littéralement paralysé en voyant pénétrer chez lui des hommes armés et cagoulés. J’ai rarement vu un type aussi traumatisé lors de l’une de nos interventions !

Avez-vous participé à des échanges avec d’autres unités ?

Des américains sont venus à Mondésir pour s’entraîner avec le GIGN. J’ai pu monter à bord d’un de leurs hélicoptères qui avaient fait spécialement le déplacement. Lors du « top action », deux de leurs hélicoptères restent en vol au-dessus de la zone d’intervention avec l’équipe médicale et un tireur d’élite répartis dans chacun d’entre eux. Nous avons ainsi pu nous rendre compte de nos différences car les médecins et les infirmiers du GIGN suivent les opérationnels lors de leur progression à terre. Enfin, j’ai tout de suite trouvé les américains beaucoup plus dépendants de leurs matériels que les gendarmes du GIGN. Les techniques pour investir des pièces et neutraliser des cibles sont aussi bien différentes. A Mondésir, j’ai également assisté à plusieurs entraînements avec les policiers du RAID.

Propos recueillis par : Quentin Michaud – « Kalach » – « Sierra » -

Aujourd’hui, les médecins et les infirmiers se retrouvent plus que jamais au coeur de l’engagement du GIGN dans des opérations complexes dont la nature a particulièrement changé au cours de ces dix dernières années. Pour la première fois, un médecin en activité a accepté de témoigner.  Il nous livre  avec franchise et sincérité les raisons de son engagement au service de ce groupe d’élite.

Pouvez-vous revenir sur votre parcours professionnel ?

Capitaine Hubert N. Après avoir réussi le concours d’entrée, j’ai intégré l’école du service de santé des armées de Lyon en 2000. Lors de mon internat, j’ai été affecté à l’Hôpital d’Instruction des Armées Percy. De novembre 2007 à avril 2008, j’ai pu réaliser mon stage obligatoire en unité au sein de ce centre médical au service du GIGN. J’assurais les soins à l’infirmerie, ainsi que le soutien médical lors des entraînements et des tests de sélection. J’ai pu me tester moi-même sur l’épreuve de la buse, le saut pendulaire ou encore sur des parcours d’évasion. A la sortie de l’école, en septembre 2009, une place était disponible et j’ai pu intégrer définitivement la cellule médicale. C’était pour moi une vraie continuité car je connaissais déjà le « Groupe ». Maintenant, je pars avec eux en intervention.

 

Lorsque vous avez découvert le GIGN, qu’est-ce qui vous a le plus surpris ?

La relation humaine est très forte ici. Professionnellement, il faut faire ses preuves pour gagner la confiance des autres. Au GIGN, peu importe le grade et les diplômes obtenus, nous tenons à voir ce que la personne vaut sur le terrain, en situation concrète. En tant que médecin, si nous ne parvenons pas à suivre les personnels en rappel et que nous ralentissons tout le monde, nous ne sommes pas faits pour ce métier. Nous nous devons également d’avoir des réflexes médicaux spécifiques pour pratiquer les gestes de médecine d’urgence. Une vie peut en dépendre. C’est l’expérience du travail bien fait qui permet de s’intégrer au sein de cette équipe très soudée.

 

Comment se déroule habituellement le recrutement des médecins et des infirmiers ?

Nous recrutons des personnels qui ont déjà une expérience en unité et/ou en opérations extérieures. La vraie contrainte de recrutement est que nous devons tous être aptes au parachutisme, le GIGN étant une unité de troupes aéroportées.

Concernant les médecins, même si j’ai moins de 30 ans, la moyenne d’âge se situe plutôt au-dessus. Le médecin-chef a quant à lui 37 ans ce qui reste quand même jeune ! Quant aux infirmiers, nous venons d’en recruter récemment deux parmi cinq candidats. Le tout est de faire l’affaire grâce à une solide expérience médicale. Nous les testons également physiquement pour s’assurer de leur bonne condition physique.

Quoiqu’il en soit, nous ne venons pas par hasard au GIGN. Nous avons, par exemple, un médecin qui vient du 13è RDP. Ce type de personnels bénéficie d’une expérience à haute valeur ajoutée pour nous.

Comment s’organise aujourd’hui le centre médical ?

Les médecins et les infirmiers dépendent du service de santé des armées. Le centre médical est rattaché au centre médical des armées de Versailles. Au total, nous assurons le soutien médical de 3000 gendarmes.

Nous sommes actuellement cinq médecins et six infirmiers dont une infirmière qui ne prend pas les alertes. Elle assure quotidiennement les soins à l’infirmerie et elle prend part plus ponctuellement aux tests de sélection pour soigner les candidats.

Le rythme est intense. Nous avons en ce moment un seul médecin disponible. Au jour le jour, nous sommes trois ou quatre à être projetables en permanence, dont un ou deux médecins. Chacun prend à tour de rôle les alertes. Nous devons nous entraîner et assurer le soutien aux sélections. A cela s’ajoute le soutien des unités plus classiques qui doivent pouvoir bénéficier quotidiennement de consultations à l’antenne médicale spécialisée de Satory. De plus, un médecin passe actuellement son brevet de chuteur opérationnel. Un autre se prépare à partir prochainement en Afghanistan. Nous devons donc être efficaces dans la gestion de ce soutien santé qui est primordial pour le bon fonctionnement de l’unité.

Combien de temps un médecin et un infirmier peuvent-ils rester au GIGN ?

C’est en moyenne entre trois et cinq ans. Nous militons évidemment pour que ce soit cinq ans, sinon cela est un peu court le temps d’être pleinement opérationnel. Un infirmier est tout de même resté dix ans, ce qui est exceptionnel. Mais nous sommes bien sûr conscients qu’il faut savoir laisser sa place aux jeunes  pour amener du dynamisme.

Nous avons quatre infirmiers sur cinq qui nous ont quittés en l’espace de deux ans, même si cette rotation des personnels était atypique. Deux médecins partent à la fin de l’année. L’équipe se renouvelle assez régulièrement.

Qu’en est-il de la formation ?

Médicalement, nous formons les nouveaux médecins et infirmiers à plusieurs cas de blessures avec des mannequins. D’un point de vue plus opérationnel, nous les formons à la corde lisse en hélicoptère, ils doivent être capables de suivre les gendarmes de l’unité en rappel ou en «grappe».  Au bout de deux mois, ils commencent à prendre leurs premières alertes (délai de départ en intervention à trente minutes pour la première alerte et deux heures pour la deuxième alerte, ndlr) avec un médecin expérimenté. Les infirmiers peuvent aussi partir seuls en intervention avec une section, ils sont alors bien sûr en liaison constante avec un médecin.

Les imprévus tombent-ils souvent selon les missions ?

Oui, cela arrive que nous soyons contraints de quitter l’infirmerie pour une opération importante demandant un soutien médical renforcé. Peu importe les rendez-vous, ce sont les contraintes opérationnelles qui priment. Nous nous devons d’être aussi réactifs que les gendarmes lorsqu’ils sont appelés à partir. Il est fondamental que les personnels nous sachent à leurs côtés afin qu’ils puissent sereinement effectuer leurs missions toujours périlleuses.

En entraînement, quelles sont les situations concrètes auxquelles vous vous entraînez pour médicaliser dans l’urgence un blessé ?

Nos entraînements sont concrets pour nous préparer à traiter tout type de blessure. Nous nous entraînons bien sûr aussi en condition tactique avec l’équipement lourd. Nous sommes ainsi capables de perfuser et d’intuber un blessé dans un contexte dégradé, type forcené ou prise d’otages. Lors des entraînements avec les personnels du GIGN, nous simulons aussi le blessé avec un plastron. Les personnels peuvent alors être mis à contribution car nous pouvons avoir besoin d’eux pour poser un garrot ou évacuer un blessé.

Même si ce n’est pas comme au GIGN, je fais une fois par mois des gardes au SAMU ce qui me permet de me maintenir à niveau en ce qui concerne la médecine d’urgence. Il est intéressant en tant que médecin militaire de se retrouver dans d’autres cas de figure que ceux que l’on rencontre habituellement.

Comment est-ce que vous vous préparez aux cas particuliers comme les prises d’otages complexes ?

Il existe deux types de scénarios : la prise d’otages massive, comme celle qui s’est déroulée à Beslan en Russie en 2004, ainsi que la prise d’otages multiple, à l’image des évènements qui ont bouleversé la ville de Bombay en Inde en 2008. A cet effet, nous avons des lots de trousses de secours spécialement dédiés. Tous les ans, un exercice de prise d’otages complexe a lieu. C’est évidemment très compliqué si nous devons médicaliser cent ou cent cinquante personnes simultanément. Tactiquement, nous suivons les colonnes d’assaut, notre rôle n’est pas de se jeter sur les otages. Il s’agit d’assurer le soutien médical des personnels du GIGN, puis, d’organiser la médicalisation d’un nombre important de personnes (otages et preneurs d’otages).

Soit nous trions sur place les otages selon leurs blessures, le médecin supervise l’action et l’infirmier exécute les premiers gestes d’urgence, soit nous maintenons notre position à l’avant avec les gendarmes pour rester au plus près d’eux. Nous ne gérons plus l’évacuation des otages seulement lorsqu’ils sont hors de la zone de danger. Pour ce type d’intervention lourde, un plan rouge est de toute façon prévu avec les pompiers. La chaîne médicale est en mesure de mettre en œuvre rapidement des moyens importants de médicalisation et d’évacuation des blessés vers les hôpitaux.

Enfin, le rôle des gendarmes du GIGN est également de s’assurer qu’un preneur d’otages ne se cache pas parmi les otages. Les médecins et les infirmiers sont armés afin de parer à toute menace éventuelle, même s’il est du ressort des gendarmes de les identifier et de les neutraliser.


Et pour les interventions dans les centrales nucléaires ?
En tant que médecins et infirmiers militaires, nous sommes particulièrement sensibilisés au risque nucléaire, radiologique, bactériologique et chimique (NRBC). Nous travaillons bien sûr avec les trois spécialistes de la cellule NRBC, appartenant à la Force d’Appui Opérationnel du GIGN, qui forment les personnels à l’utilisation des moyens spécialement dédiés et qui coordonnent notre action avec les responsables des centrales nucléaires. Au niveau des médecins et des infirmiers, nous nous entraînons à suivre les sections opérationnelles dans les centrales. J’ai moi-même pris part au dernier exercice NRBC qui s’est déroulé à la centrale de Chinon, le 4 octobre 2011.Lors d’une intervention dans un milieu radioactif, nous devons être très rapides. Soit nous pouvons réaliser des gestes vitaux pour sauver les blessés, soit nous les évacuons tout de suite afin de limiter leur exposition à un éventuel risque radioactif. Dans ce dernier cas, les blessés légers sont immédiatement pris en charge par les autres services de secours qui les font passer dans une chaîne de décontamination.

Quelle est la mission qui vous a particulièrement marqué ?

Je me souviens bien sûr de ma première mission, c’est particulier lorsque l’on se retrouve pour la première fois en opération réelle. Il s’agissait d’un forcené armé retranché chez lui. C’était en hiver, il faisait vraiment très froid. La négociation n’avait pas aboutie, les gendarmes sont alors entrés pour neutraliser le forcené. Au cours de l’assaut, le forcené s’est blessé lui-même avec un couteau. Une fois maîtrisé, je lui ai fait un pansement. Pour le calmer, je lui ai administré un sédatif qui n’a pas eu beaucoup d’effet dans l’immédiat sur son excitation ! J’avais alors été particulièrement impressionné de voir qu’il avait été maîtrisé à mains nues sans qu’il n’y ait plus de blessé. J’ai également pris conscience de la compétence médicale que nous apportons en opération.

Qu’en est-il de la coopération médicale avec les unités étrangères ?

La coopération européenne s’organise autour du groupe Atlas qui constitue un réseau d’échanges entre les unités d’intervention de l’union européenne, auxquelles s’ajoutent la Suisse et la Norvège. Atlas est organisé autour de quatre groupes de travail (avions, bateaux, bâtiments et transports). Le GIGN est leader du groupe de travail traitant du contre-terrorisme aérien. Les médecins et les infirmiers sont bien sûr invités à participer à ces exercices qui constituent des creusets d’échanges entre toutes ces unités d’intervention. J’ai moi-même participé à un exercice de ce type sur un navire, organisé par le GSG9 en Allemagne.

Au niveau médical, le GIGN est le seul groupe d’intervention à disposer de médecins et d’infirmiers complètement intégrés à l’unité. Nos homologues disposent pour la plupart d’infirmiers, sans avoir réellement de médecins à leur disposition. En dehors de l’Europe, nous avons également constaté d’autres méthodes. Par exemple, les russes ont pour habitude de réquisitionner le médecin le plus proche en cas de besoin pour partir en intervention. Ainsi, notre position de leader dans la médicalisation d’urgence au sein d’une unité d’intervention nous pousse à multiplier les échanges ; cette coopération médicale intéresse en particulier l’unité d’intervention belge. Notre objectif est vraiment que tout le monde soit en mesure de médicaliser le plus rapidement possible les blessés en opération.

Nous avons également des échanges très positifs avec des unités hors Europe. En mai 2011, je me suis rendu deux semaines à Abou Dhabi pour un entraînement avec une unité d’intervention des Emirats Arabes Unis. Nous avons fait du tir dans le désert. Un infirmier a pu me présenter le matériel médical qu’ils ont à leur disposition. L’intervention en milieu désertique est une approche que nous nous devons de prendre en compte, le GIGN étant intervenu sur une prise d’otages à Djibouti en 1976.


Lors des missions du GIGN à l’étranger, quelles sont les contraintes pour la chaîne médicale ?

En Irak où le GIGN assure la protection de l’ambassade française, les gendarmes disposent d’une pharmacie sur place. Au moins une fois par an, un médecin du GIGN s’y rend pour évaluer les structures d’accueil médical situées à proximité de l’ambassade afin de garantir une prise en charge efficace d’un blessé ou d’un malade grave. En Afghanistan, les gendarmes du GIGN s’appuient majoritairement sur les médecins des armées, affectés dans les bases françaises.

Pour les missions plus exceptionnelles, comme l’opération sur le Pascal Paoli en 2005, les seuls personnels médicaux à bord étaient un infirmier et un médecin du GIGN. Ils ont été héliportés sur le navire comme tous les autres gendarmes de l’unité.

Après l’intervention à Marignane, les gendarmes n’ont pas apprécié de devoir rencontrer cinq psychiatres de l’hôpital du Val-de-Grâce qu’ils ne connaissaient pas. Au quotidien et en situations exceptionnelles, le soutien psychologique se fait-il aujourd’hui exclusivement au sein du GIGN ?

Nous avons effectivement un psychologue civil qui est réserviste et qui vient régulièrement au GIGN. Il travaille beaucoup avec la cellule négociation de l’unité. Il peut bien sûr assurer également un suivi psychologique. Même s’il n’est pas présent en permanence, chacun peut faire appel à lui en cas de problème. Nous, médecins et infirmiers du GIGN, restons tout de même en première ligne par rapport à ce nécessaire soutien psychologique du fait de notre présence quotidienne au sein du GIGN. Dans le secret de la consultation, nous pouvons être amenés à conseiller ou à aider ceux qui en expriment le besoin.

Le 1er septembre 2007, le GIGN se réorganise. Est-ce que cela a impliqué des changements pour les médecins et les infirmiers ?

Nous n’avons pas vraiment été touchés par cette réorganisation, étant donné que nous dépendons du service de santé des armées. Nous assurons globalement un soutien à toutes les Forces, même si  nous travaillons principalement au profit des personnels de la Force Intervention.

Au quotidien, il faut être disponible à tout moment. C’est une contrainte qui pèse sur la vie familiale ?

Tout à fait, je m’en suis vite rendu compte à titre personnel. J’avais invité un ami à dîner chez moi. Au moment où il arrive, le bip sonne. Je suis appelé en intervention. J’ai du alors lui souhaiter un bon retour chez lui et je suis aussitôt parti en mission. Cela illustre le fait que cette disponibilité est une contrainte qui n’affecte pas seulement notre propre personne mais tout le maillage amical et social auquel nous appartenons.

Lors de ma première année au GIGN, j’ai été absent 20 semaines au total de chez moi. Cela pèse évidemment sur la relation avec sa conjointe. Continuellement, c’est un poids subi par les femmes des membres du GIGN. Elles se retrouvent régulièrement seules à la maison à assurer le rôle de parent. Lorsque le bip sonne en pleine nuit et que leur mari part en mission, c’est un départ rapide et imprévu qu’il faut savoir gérer. Elles ont vraiment beaucoup de courage de supporter une telle vie de famille.

Même si le sujet ne vous concerne pas encore, quelle peut être la reconversion d’un médecin ou d’un infirmier après le GIGN ? 

Un infirmier a récemment intégré la DGSE, un autre est parti en unité conventionnelle en outre-mer. Un infirmier est quant à lui parti dernièrement dans une unité parachutiste à La Réunion et un quatrième a été affecté à l’école de troupes aéroportées de Pau. Après avoir quitté le GIGN, chacun ressent en tout cas ce manque d’adrénaline qui nous motive au quotidien pour donner le meilleur de nous même.

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Propos recueillis par : Quentin Michaud et Sierra
Octobre 2011
Remerciements : Cellule communication du GIGN