Retour sur l’opération du Pascal Paoli



Tout commence le mardi 27 septembre 2005 à 13h20 lorsqu’une quarantaine de militants du syndicat des travailleurs corses, menés par Alain Mosconi, investissent le cargo pascal paoli dans le port de Marseille afin de protester contre la privatisation de la SNCM. La veille, les RG avaient pourtant été prévenus d’une action imminente des syndicalistes sur le pascal paoli lesquels avaient informés le Préfet des Bouches-du-Rhône. Les marins prennent tout de même le contrôle du navire et ils mettent rapidement le cap vers Bastia, port d’attache du pascal paoli.


Très vite, la situation semble s’enliser. Les négociations sont dans une impasse et le cargo mouille au large de Bastia dans la soirée. Le même jour, à Satory, les choses s’activent au quartier général du GIGN. Dès 16h, les gendarmes reçoivent l’ordre de la DGGN de se préparer à une éventuelle intervention. Deux détachements de l’unité, soixante-cinq hommes, partent de Villacoublay en transall en direction de l’aéroport de Bastia. Simultanément, trois hélicoptères pumas et deux cougars viennent se prépositionner à Bastia. A 6h du matin, les marins seront mis au courant de l’arrivée d’hélicoptères militaires. La couverture médiatique de l’évènement ne devrait pas être inexistante puisqu’une équipe de France 3 et un rédacteur de Corse-Matin ont pu monter à bord du navire au cours de la nuit en « empruntant » une vedette du port. Pour les gendarmes du GIGN, le dossier d’objectif est déjà prêt avec les plans du pascal paoli ainsi que les identités précises des « pirates » en main. Le plan de l’opération est soumis au Préfet de Corse Pierre-René Lemas. Durant toute la nuit, les hommes du GIGN s’attachent à perfectionner minutieusement le scénario de l’intervention avec les équipages des hélicoptères. L’assaut semble désormais inévitable.

Au petit matin, tout s’accélère. A 6h30, le Préfet rappelle une dernière fois Alain Mosconi pour lui demander de se rendre. Ce dernier refuse catégoriquement. Les marins s’attendent alors à une intervention. Alain Mosconi leur demande de ne pas résister.
VIDÉO FRANCE 3

8h35. Le front de mer de Bastia est calme, quelques dizaines de badauds se promènent le long du quai des martyrs. Subitement, cinq hélicoptères de l’ALAT (trois pumas et deux cougars) surgissent de nulle part et foncent droit vers l’arrière du pascal paoli qui mouille à quelques centaines de mètres du port. « Soudain, on a entendu les hélicoptères et tout le monde s’est mis à courir vers la mer pour voir ce qui se passait. On aurait dit un film : les hélicos, immobiles au-dessus du bateau, les deux croiseurs au loin, le soleil dans la brume. C’était un moment très fort. », avoue un promeneur médusé. Les journalistes présents sur place enregistrent déjà les premières images. Les hélicoptères prennent immédiatement position autour du navire, un premier puma a déjà hélitreuillé une dizaine d’hommes du GIGN sur le pont supérieur à l’arrière.
Très vite, ils investissent le navire alors qu’une autre section opérationnelle se fait hélitreuiller derrière eux. Méthodiquement, ils avancent en colonne avec le bouclier devant en direction des « pirates ». En coulisse, l’état-major du GSIGN et une quinzaine de gendarmes maritimes sont mobilisés pour la bonne coordination de l’opération. A bord, trois spécialistes du commando Hubert et des éléments de l’EPIGN sont également déposés. Il faudra par la suite assurer la bonne manœuvre du navire. Deux pumas composés de tireurs d’élite du GIGN restent en appui de chaque côté du navire afin de parer à toute éventualité. Les syndicalistes pirates n’opposent aucune résistance, ils applaudissent même l’arrivée des gendarmes. A l’intérieur de la cabine de pilotage, les hommes sont menottés et regroupés avec leurs compères. L’action a duré en tout sept minutes.

Une frégate de la gendarmerie maritime s’approche quelques minutes plus tard, les OPJ viennent signifier la mise en garde-à-vue des quatre commanditaires du détournement. Le pascal paoli fera route plus tard au cours de la journée vers Toulon accompagné de la frégate furtive Courbet et de l’aviso Jacoubet de la Marine nationale.



Cette opération est évidemment un succès pour le GIGN, les commandos marine ainsi que tous les acteurs engagés dans son bon déroulement. Mais sa réussite n’a rien d’exceptionnelle pour ces hommes spécialisés dans le contre-terrorisme maritime et préparés à une confrontation armée avec des pirates prêts à aller jusqu’à la mort dans leurs actions.

L’absence de résistance armée a été bien sûr un facteur déterminant pour son déclenchement et une garantie pour le gouvernement (l’opération ayant été suivie par le Premier Ministre même si le plan PIRATMER n’a pas été déclenché) de faire cesser rapidement ce coup de force des syndicalistes corses. L’opération constitue néanmoins un retex pour la cellule dédiée du GIGN.

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Article rédigé par Quentin Michaud

Crédits photos: © gign.org