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Les 40 ans du GIGN



40 ans du GIGN

Le Groupe d’Intervention de la Gendarmerie Nationale (GIGN) a marqué ses 40 années d’existence par une cérémonie en présence du ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, mercredi 25 juin 2014. La cérémonie a été marquée par une allocution du général Denis Favier, directeur de la Gendarmerie nationale et ancien commandant du GIGN, ainsi que par une remise de neuf décorations (médailles militaires, médailles de la Gendarmerie et médaille de la sécurité intérieure) à des opérationnels de l’unité récompensés pour leur engagement en opérations en France et à l’étranger.

40 ans pour le GIGN, ce sont plus de 600 otages libérés au cours d’interventions qui ont mené le Groupe sous toutes les latitudes du globe. Loyada, Ouvéa, Marignane. Somalie, Afghanistan, Yémen, Irak. Autant de mots qui résonnent fort dans l’esprit des anciens et des membres actuels de l’unité.

Intervention, Sécurité/Protection, Observation/Recherche. Tels sont les coeurs de métier que nous vous proposons de découvrir à travers notre reportage vidéo.

Reportage vidéo :


Prise d’otages à Loyada



Depuis la création du GIGN en 1974, le tir a toujours été la compétence la plus importante à travailler quotidiennement pour un opérationnel. Le tir au Manurhin ou au fusil FRF1 pour les tirs longue distance. Tous sont brevetés tireurs d’élite à l’issue de la formation. En 1976, deux ans après sa création, le GIGN est engagé dans une prise d’otages exceptionnelle en dehors du territoire métropolitain. C’est une intervention marquante dans l’histoire du Groupe et pour cause. Malgré la mort de deux enfants otages,  l’action des gendarmes du GIGN, combinée à celle des légionnaires français, n’a jamais été égalée dans le monde entier. Un tir coordonné de cinq tireurs d’élite du GIGN neutralise les preneurs d’otages en une seule détonation. Pour la première fois, un ancien gendarme mobile, présent tout au long de la prise d’otages, nous a accordé son témoignage.


 


 

 

Ronald Guillaumont, ancien gendarme mobile, nous raconte les premiers instants de la prise d’otages alors qu’il était en poste à Loyada, village frontière entre la Somalie et Djibouti. Aujourd’hui encore, lorsqu’il en parle, l’émotion est palpable dans sa voix. « Le 03 février 1976, je me trouve avec mon peloton en bordure de la route qui mène vers Loyada à un poste de contrôle tenu par des légionnaires et fermant la ville de Djibouti.  Il est très tôt le matin, la chaleur n’est pas encore écrasante. A 7 h15, nous voyons arriver à grande vitesse un autocar venant de Djibouti et franchir le poste sans ralentir. Nous avons du nous écarter à toute vitesse sans quoi il nous passait dessus. Lors de son passage, nous entendons des claquements secs sans penser qu’il s’agissait de coup de feu. Une vitre du car éclate et l’un de mes camarades est très légèrement blessé au visage par des éclats de verre. Parmi les sept preneurs d’otages, nous en apercevons un qui  jette un message du car. Il s’agit d’une revendication du Front de Libération de la Côte des Somalis (FLCS) réclamant l’annulation du futur référendum, l’indépendance de Djibouti et la libération des détenus politiques. Nous apprendrons plus tard que les somaliens s’étaient déguisés en femmes et qu’ils avaient cachés les armes sous leurs jupes pour mieux réussir leur prise d’otages du car. Immédiatement, nous avons informé nos autorités par radio des faits et nous nous sommes lancés à la poursuite de l’autocar en direction de Loyada.

Des hélicoptères de la base aérienne toute proche sont tout de suite venus nous renforcer pour nous guider dans notre poursuite. Assez rapidement, le car est intercepté à un barrage dressé à hauteur de la brigade de Loyada. Un groupe héliporté de la Légion Etrangère s’est également posté sur place pour faire barrage au car et l’empêcher de franchir la frontière somalienne. Après de longues négociations, le car est autorisé à se déplacer pour stationner dans un no man’s land à quelques dizaines de mètres de la frontière avec la Somalie. Rien de particulier ne se déroule l’après midi et la nuit. Nous voyons des militaires de la Légion qui se prépare au combat, et nous échangeons avec eux. Chaque mouvement ou déplacement que nous faisons se doit d’être fait dans le silence et la discrétion. La nuit étant tombée, nous voyons bien l’autocar éclairé par un projecteur. Dans le courant de la nuit, nous sommes informés que les gars du GIGN viennent d’arriver ».

Pendant que le lieutenant Prouteau et les officiers de Gendarmerie font une reconnaissance de la zone, Ronald échange avec les opérationnels de cette jeune unité d’intervention. Les tireurs d’élite se préparent. « Pour l’anecdote, dans la soirée,  alors que nous n’avions rien mangé depuis le matin, notre chef de peloton nous a distribué des plateaux repas, préparé par Air-France et qu’au moment de les dévorer le chef nous a dit « stop ! », ils étaient en fait destinés aux enfants otages dans le car. Nous nous sommes contentés de rations de guerre.

Au cours de la nuit et de la matinée suivante, nous sommes plus ou moins tenus au courant de l’évolution de la situation. Vers 6h du matin, le 4 février, nous sommes informés que les tireurs d’élite du GIGN sont en place et qu’ils attendent de voir l’ensemble des terroristes pour faire feu. Puis,  nous apprenons qu’il y a du changement, les terroristes au nombre de quatre seraient maintenant sept ou huit. Ceux-ci ont reçu des renforts en provenance du poste frontière de Somalie qui est tout proche. L’attente se poursuit, le GIGN ne peut déclencher le feu en toute sécurité dans ces conditions. Il est impératif de neutraliser l’ensemble des terroristes simultanément pour éviter qu’ils retournent leurs armes contre les enfants dans le car.

En milieu d’après midi, nous sommes informés que le GIGN est toujours en place et s’apprête à faire feu. A 15h45, j’ai entendu un seul coup de feu ! L’ensemble des tireurs d’élite du Groupe on tirés tous en même temps. Immédiatement, les véhicules de notre escadron ont été mis à contribution et les chauffeurs désignés se sont précipités vers le car pour extraire les enfants. Avec des portes voix, les militaires somaliens, postés de part et d’autre du poste frontière, sont avisés que le déplacement de nos troupes en direction du car n’était pas un acte d’agression mais n’avait que pour but de récupérer les enfants. Cela ne les a pas empêché d’ouvrir le feu dans notre direction ! Ca tirait de partout. Pour ma part,  j’avais reçu l’ordre de rester en retrait au niveau du PC. Je voyais la Légion monter à l’assaut au pas de course l’arme à la hanche en faisant feu. Un Légionnaire tirait avec une mitrailleuse AA52 tout en courant. Les militaires somaliens disposaient de plusieurs mitrailleuses sur le toit du poste frontière. On m’avait également dit qu’ils disposaient de mortiers. N’ayant jamais vu et entendu en réel tir un mortier, je me disais qu’en entendant le premier coup il fallait attendre un peu pour entendre ensuite l’explosion du projectile. C’est pourquoi, lorsque j’ai entendu ce premier tir j’étais persuadé qu’il allait nous arriver dessus un obus de mortier… C’est quand j’ai entendu le second tir que j’ai compris qu’il s’agissait en fait de tirs des véhicules de nos Légionnaires. »

 

Ronald n’a jamais eu aussi peur de toute sa vie. « Je sentais mes intestins se tordre et heureusement que la veille nous n’avions rien mangé… Lorsque j’ai plongé dans un buisson d’acacia, je n’ai pas senti les nombreuses épines me pénétrer. Six mois plus tard, ces épines me ressortaient encore des bras.

« Lorsque les coups de feu ont cessé, les enfants ayant été libérés, j’ai encore en moi quelques images terribles. J’ai le souvenir d’une petite fille blessée par balle sous l’aisselle, qui ne disait rien, ne pleurait pas, mais dont le regard contenait tous les reproches au monde des adultes. Je revois encore l’adjudant Viard, notre commandant de peloton, que l’on surnommait entre nous «Clarence » du fait d’un strabisme important, qui tenait dans ses bras une fillette morte. La tenue de combat de l’adjudant était ensanglantée. 

A l’époque, j’étais jeune gendarme et cela a été mon baptême du feu avec tout ce que cela implique. La peur viscérale au début, l’odeur de la poudre, la colère, la rage et la haine qui transforment momentanément un homme et peut faire perdre notre humanité. Ce que je peux dire, c’est que nous n’aurions jamais pu sauver autant d’enfants sans le courage et la détermination des gendarmes du Groupe. Aussi bien aujourd’hui qu’hier, je pense qu’ils contribuent grandement à l’honneur à porter cet uniforme. 


Article rédigé par Quentin Michaud

Crédits photos: © gign.org 


Interview d’une figure du GIGN



Alain Pustelnik dirige aujourd’hui la sécurité du groupe Casino. Dans une autre vie, il était gendarme au GIGN. Il  a marqué l’unité par son fort caractère et son allure physique toute aussi imposante. Faisant partie de ceux qui ont donné de leur personne au Groupe sans tirer gloire ni vanité, il a accepté cette interview pour raconter son histoire, partager son vécu, en toute simplicité.

Alain à l’entraînement

Après un service militaire en Gendarmerie et quelques années passées en ELI (PI de la gendarmerie mobile), Alain, dit « Puce », est classé cinquième sur cent aux tests d’entrée du Groupe en 1983. « C’était la totale découverte pour moi, cela me paraissait si inaccessible ». Particulièrement affuté en sport de combat, Alain s’implique très vite dans les formations d’arts martiaux et de boxe pieds/poings au sein de l’unité. Très vite, il a du employer ces techniques de maîtrise à mains nues en intervention. « En juillet 1984, nous sommes une douzaine d’opérationnels à nous rendre sur une prise d’otages à bord d’un avion cargo sur l’aéroport de Marignane. Le GIPN de Marseille était déjà sur les lieux. Le préfet ne savait pas trop à qui donner la main pour résoudre l’affaire. Lorsqu’il a été question de se déguiser en employé civil de l’aéroport, les policiers disaient que les tenues étaient trop petites ou trop grandes. Nous avons dit qu’elles iraient très bien pour nous, le préfet a alors dit « Les gendarmes prennent les tenues, le GIGN prend l’affaire en main ». Nous nous sommes débrouillés avec, j’ai alors réussi à monter à bord de l’appareil en me faisant passer pour un agent de l’aéroport. Le prétexte était qu’il fallait détacher des filets dans la soute pour préparer le décollage de l’avion demandé par le preneur d’otages, un déséquilibré aux motivations floues. Dès que l’occasion s’est présentée, je me suis jeté sur lui pour lui subtiliser son arme et le maîtriser à terre ».
Alain, après l’assaut à Ouvéa en 1988

Son souvenir le plus fort ? « Ouvéa a été la mission la plus dure », confie-t-il. La jungle, la fatigue, les collègues du Groupe pris en otages, l’assaut. Vingt quatre ans après, le souvenir est encore vif. « J’étais binômé lors de l’assaut avec un marin du Commando Hubert. L’environnement équatorial nous a compliqué énormément la tâche. J’étais juste à côté du lieutenant Timothée, jeune officier au Groupe, lorsqu’il a reçu une balle en pleine tête. Après avoir pu entrer dans la grotte, j’ai neutralisé Dianou en lui tirant une balle dans le genou ». Deux mois auparavant, Alain a participé à l’arrestation de Philippe Bidart, chef de l’organisation séparatiste basque. Il se souvient que « nous étions quatre opérationnels à nous relayer pendant un mois autour de la villa dans laquelle il était susceptible de loger. Lorsque nous étions sûrs de sa présence, nous avons mené l’assaut à quatre. Il ne fallait pas se planter ! Après avoir maîtrisé ses complices, nous sommes entrés dans la maison. Mon binôme a réalisé deux tirs de sommation avec un MP5 à visée laser (le GIGN en disposait de quelques exemplaires déjà à l’époque) pour qu’il se rende. Quand nous l’avons menotté et embarqué dans la fourgonnette des gendarmes départementaux, il s’est évanoui. Il était complètement liquéfié par la peur, on était loin de l’image du tueur de policiers et de gendarmes ! » Plus tard, Christian Prouteau a récompensé les quatre auteurs de cette arrestation qui a fait date dans l’histoire du GIGN en leur offrant un brevet en argent massif.


En 1995, il a eu la possibilité de visiter le siège du FBI aux Etats-Unis. « J’ai même pu visiter la Maison-Blanche grâce au photographe du président Bill Clinton qui est venu lui-même me serrer la main lorsqu’on lui a dit que j’étais du GIGN. C’était une visite totalement officieuse mais j’ai été très bien reçu par les américains. Le GIGN vivait à ce moment-là ses heures de gloire après Marignane ». Marignane justement. Au lendemain du début de la prise d’otages à bord de l’airbus, Alain est envoyé sur place en Transall avec l’EPIGN. « Au moment de l’assaut, j’étais chef de groupe de la passerelle avant, je rentre en troisième. Je prends très vite une balle dans la cuisse. Je prends alors position à côté d’Eric Arlecchini (décédé dans un accident de plongée avec Antonio Capoccello en 1996). Puis, une deuxième balle vient me sectionner les tendons du genou droit. Un collègue m’extirpe alors par le toboggan à l’arrière de l’appareil ». Alain a bien sûr vu le film l’Assaut relatant ce fait d’armes inégalé au monde en matière de contre-terrorisme aérien. « La partie intervention dans l’airbus est bien fidèle à la réalité surtout avec les opérationnels actuels qui jouent notre propre rôle ».

 

Remise de la légion d’honneur aux blessés de Marignane par le président de la République François Mitterrand



A cette période, le GIGN était également engagé dans une mission plus discrète aux côtés du COS pendant la guerre de Bosnie. Les gendarmes se relayaient tous les cinq mois à l’Etat-Major du COS à Sarajevo entre 1992 et 1995. Alain Pustelnik y était en 1993. « Notre présence ne devait pas filtrer, nous étions là-bas sous couverture d’appartenance à un détachement de l’ALAT. Notre mission était d’apporter un soutien aux hommes du 1er RPIMa et du 13è RDP à la recherche de renseignements ». Localiser les caches d’armes serbes, les usines transformées en fabrication d’armement, les dispositifs ennemis. Tels étaient leurs objectifs. « Au cours de ma mission, j’ai également participé à une opération d’escorte de militaires croates avec le 1er RPIMA et quelques légionnaires. Nous avons été pris en otages pendant vingt-quatre heures par les serbes. Cela s’est bien terminé. »

 

En dehors du GIGN, Alain a bien sûr quelques autres bons souvenirs avec d’autres unités françaises et étrangères. « Un jour, un entraînement conjoint a été organisé entre le GIGN, le Service Action de Cercottes et la Delta Force américaine. Nous devions sauter en Normandie pour remplir une mission fictive. La veille du saut, les américains sont allés acheter du poulet rôti et d’autres victuailles, nous n’avions quant à nous que des rations de combat. Ils ont sauté avec leurs courses du supermarché. C’est là que l’on s’en rend compte que nos méthodes divergent ! »

Début de l’équipe des chuteurs ops du Groupe avec Alain au milieu

Après quatorze années de service opérationnel, Alain prend la tête de la cellule technique de l’unité pendant trois ans. « C’était un tout autre travail de prospection et de mise au point de nouveaux matériels (gilets pare-balles, chasubles, etc). J’ai notamment participé à la préparation de l’arrivée des chevrolets suburban swatec en 2002 ». Malgré le temps qui passe, Alain garde bien sûr un souvenir particulier de certaines personnalités qui ont marqué le Groupe. « Denis Favier m’a demandé mon sentiment lorsqu’il a été pressenti pour réformer le GIGN en 2007. Je lui ai dit qu’il était la seule personne en mesure de le faire pour sa capacité à fédérer les hommes, pour son sens humain et son sens du commandement. Il est aujourd’hui récompensé à juste titre par les responsabilités qu’il exerce au ministère de l’Intérieur ».



Propos recueillis par : Quentin Michaud et Rémy H.
Article rédigé par Quentin Michaud - Juillet 2012

Crédits photos: © gign.org 


Quand le GSPR était crée par les gendarmes du GIGN



Aujourd’hui, le Groupe de Sécurité de la Présidence de la République (GSPR) s’est vu profondément remanié avec l’investiture du président François Hollande. Composé uniquement de policiers du Service de Protection des Hautes Personnalités (SPHP) sous le mandat de Nicolas Sarkozy, il est désormais formé de quarante policiers et vingt gendarmes, tous issus du GIGN. Avec une femme commissaire, Sophie Hatt, à la tête du GSPR pour la première fois, « cela va changer les mentalités dans un monde à majorité écrasante masculine », confie Henri. « Pour le GIGN, c’est un retour de la confiance du pouvoir politique en une vieille institution qu’est la gendarmerie nationale, ajoute-t-il. C’est une reconnaissance à juste titre de ce que le GIGN a mis en place il y a des dizaines d’années ». C’est effectivement en 1981, au lendemain de l’élection de François Mitterrand, que la décision est prise de créer le GSPR avec l’expertise du GIGN en protection.


Avant d’être gendarme, Henri était marin. En 1969, il intègre les Commandos Marine, les mythiques bérets verts. « J’ai passé mon Brevet Elémentaire au cours Fournier, puis, après le stage commando, j’ai eu la chance d’intégrer Jaubert ». Il voulait être officier-marinier. Pour cela, il fallait embarquer. « J’ai obtenu l’affectation sur le Victor Schœlcher pour suivre la campagne d’application 71-72 avec la Jeanne d’Arc. Ensuite, je suis retourné à l’école des fusiliers marins pour suivre le CFOM 98 pour sortir quartier maître du Cadre Spécial et être second maître quelques mois plus tard ». Après avoir embarqué sur le croiseur Colbert jusqu’en 1975, Henri a appris la naissance du GIGN. La gendarmerie ne lui était pas étrangère puisqu’un de ses oncles avait été fusilier marin puis gendarme mobile.
Henri Petry se voit remettre son insigne par le capitaine Prouteau en 1979

 

Après avoir demandé et obtenu son changement d’arme, Henri Petry est muté à Satory à l’escadron 4/1 de Gendarmerie Mobile. « J’ai eu la chance de participer à l’un des premiers stages des « équipes commandos régionales d’intervention » avec Jean-Michel Pignon. Ce stage était organisé par le lieutenant Prouteau qui créait le GIGN ». En 1978, il passe avec succès les tests pour intégrer le GIGN.Très vite, il va se trouver un autre intérêt pour la protection. Alors que François Mitterrand devient président de la République en 1981, le Service Action de la DGSE est d’abord mobilisé pour assurer sa sécurité. D’importantes failles dans la protection du chef de l’Etat sont mises au jour, « Christian Prouteau pourrait en parler plus précisément mais de ce que je sais, c’est qu’une certaine routine s’était mise en place par des jeunes policiers de l’époque. Le président mangeait, la sécurité mangeait. Le président dormait, la sécurité dormait. Bien que quelque peu exagéré, c’était l’idée ». D’autres anciens profitaient de cette place à leur seul profit et ne voulaient pas de concurrence même au sein de leur corporation. A cette époque, le GIGN était une jeune unité mais elle disposait déjà d’une expérience et de plusieurs succès en mission en France comme à l’étranger.
Visite officielle du président en Togo en France en 1985 (Henri est à gauche) 

« Le GIGN a toujours su s’adapter et se remettre en question. De plus, le GIGN a été progressivement le formateur de beaucoup d’unités étrangères et on apprend aussi de ses stagiaires ». Dès 1982, Henri Petry est appelé par Christian Prouteau, missionné par le président de la République, pour créer le GSPR. « Un des anciens du Groupe avait proposé à Christian Prouteau que je participe à cette aventure. Je n’ai évidemment pas refusé. Nous étions quatre pressentis pour cette mission. A cette époque, Christian Prouteau était appelé à l’Elysée, le GIGN venait d’emménager à Satory dans la nouvelle caserne. Il y avait beaucoup de changements en peu de temps ».
Le président de la République François Mitterrand en visite à Avallon (Henri est à droite)

 

Il y a donc eu un grand recrutement pour créer le GSPR et renforcer le GIGN. Concernant le GSPR, une trentaine de stagiaires ont été retenus par le capitaine Alain Lecaro qui prenait le commandement de cette nouvelle unité. Affecté au GSPR en 1984, Henri se souvient qu’il a été instructeur lors des quatre premiers stages de recrutement.Au quotidien, il se trouve affecté au plus près de la protection de François Mitterrand. « Mais, il y a eu peu de moments intimes avec le président. Quelques échanges, provoqués par lui, m’ont confirmé qu’il connaissait parfaitement le personnel de sa protection. En effet, j’ai une maison dans le sud Vienne et il m’en avait parlé. Il connaissait bien la Charente et Civray, la ville la plus proche où j’avais cette maison ».Et lorsque l’on lui demande comment il a appris l’existence de Mazarine, il répond que « c’était, dès le départ, une des missions qu’il fallait assurer. Certains gendarmes avaient été recrutés spécialement pour elle ».
Henri a du aussi sillonner le globe sous toutes ses latitudes. Avant que le président de la République n’effectue une visite officielle dans un pays étranger, plusieurs membres du GSPR réalisent une reconnaissance pour reconnaître les lieux et les éventuels problèmes de sécurité qu’ils peuvent poser. « Mon premier précurseur long a été à Katmandou, au Népal, en 1983. Cela nous a demandé trois semaines de préparation, de reconnaissances et de rencontre avec les services de sécurité locaux pour un voyage officiel d’une journée et demie. Il fallait reconnaître l’hôtel, les cortèges, les itinéraires, récupérer les précurseurs longs et courts pour répéter avec chacun le programme avant d’attendre l’arrivée du président dans le pays. Pour une première, c’était très prenant ».En 1985, le président François Mitterrand devait se rendre à Londres pour rencontrer Margaret Thatcher. « Personne ne voulait y aller, mais j’allais personnellement en terrain connu puisque ma belle famille y réside. Je me suis rendu seul au 10, Downing Street où j’ai été accueilli par les Special Branch et par un policier de la protection diplomatique avec qui j’ai lié des liens d’amitié. Plus tard, lors d’un autre voyage officiel sur Londres, cela nous a grandement facilité les choses », confie Henri.Et lorsqu’on le questionne sur les liens avec les policiers (Voyages Officiels puis SPHP), Henri répond avec franchise : « C’est avant tout une question d’individus. Pour ma part, mes rapports ont toujours été cordiaux avec les policiers. Je suis toujours en contact avec certains d’entre eux. Je sais que l’étiquette « GIGN » y a été pour beaucoup ».
Dans les années 1980, la technologie n’était pas aussi performante et généralisée qu’aujourd’hui dans les missions de protection. « C’est désormais beaucoup plus facile. Les téléphones portables passent presque partout et ne pèsent que quelques centaines de grammes alors que le « 8 Watts » d’alors faisait son poids. Le GPS, l’informatique et toute cette technologie ne doivent pas nous faire oublier qu’il faut pouvoir s’en passer, si nécessaire. C’est notre adaptation à utiliser le système D qui nous a toujours permis de faire face aux imprévus ». Cependant, dès cette époque, une mallette avec un HK à l’intérieur, une valisette noire dépliable en trois parties et autres gadgets faits maison entrent progressivement en dotation au sein du « GSP ».
 Entraînement parachutiste avec le 13è RDP à Dieuze

 François Mitterrand recevait les hommes du GSPR avec leurs épouses, un moment rare pour un président.
François Mitterrand au Conseil Constitutionnel

Depuis son retour à la vie civile, Henri a fondé la société TRES Security qui est « la continuité d’HP Formation créée de 1994 à 2004. C’est un centre privé de formation militaire et sécurité. J’ai voulu faire officiellement ce que d’autres font plus ou moins cachés. Pour le moment, nous sommes axés sur la Protection Privée de Personnes. J’ai simplement adapté au privé ce que nous savions faire en officiel ». TRES Security se situe dans une vieille caserne au nord de Bellac dans le Limousin. « Elle appartient à mon partenaire dans la société ».


 

Aujourd’hui, en France, la protection des patrons des grandes entreprises, telles que celles du CAC40, est quasi-nulle en comparaison à ce qui se passe dans les pays anglo-saxons. Henri est sensible à ce débat car « le problème vient de nous même. En effet, il est pratiquement impossible de fédérer. Il y aura toujours quelqu’un pour essayer de se distinguer au détriment de la communauté ». Il ajoute même « qu’au niveau des formations en protection rapprochée, certains centres mènent des stages plus apparentés à des techniques de « terroristes » qu’à de la protection rapprochée et il est impossible de connaître le passé des formateurs ».

Il existe six ou sept titres professionnels en France. Au Royaume Uni, que le stage se soit passé en Irlande, en Ecosse ou au Pays de Galles, la même formation est reconnue par la Security Industry Authority. « Mettez-vous à la place d’un candidat qui cherche un stage ou d’un patron d’entreprise, comment  voulez-vous qu’ils s’y retrouvent chez nous. Concernant les grands patrons, je pense que les assurances ne jouent pas le jeu. En effet, qu’arriverait-il à l’entreprise si son patron était pris en otage ou abattu ? C’est vrai que les évènements tels que l’enlèvement du baron Empain et les assassinats de Georges Besse ou du  général Audran nous paraissaient lointains. C’est dommage car les français ont la mémoire courte. De plus, en France, nous sommes plutôt curatif que préventif. J’espère que le conseil national des activités de sécurité privée (CNAPS) va amener des changements constructifs ».



Article rédigé par Quentin Michaud - Juin 2012

Crédits photos: © gign.org